Euskal-Herria: Libération d’Arnaldo Otegi

Arnaldo Otegi, leader de l’organisation poltique Batasuna interdite, libéré ce 1er mars 2016

Le militant indépendantiste basque Arnaldo Otegi, ex-« responsable» de l’ETA, ayant joué un rôle important dans le processus de paix au Pays basque, a été libéré de la prison espagnole de Logroño ce mardi 1er mars. Incarcéré pendant six ans, l’ex Secrétaire Général du parti abertzale indépendantiste “Batasuna” illégalisé, aujourd’hui Sortu, a été accueilli par les applaudissements de quelques 200 de ses proches et partisans.

Otegi-Liberation

Face à une foule de journalistes, Arnaldo Otegi a lancé : « Il y en a qui disent qu’il n’y a pas de prisonniers politiques dans l’Etat espagnol. (…) Mais il n’y aurait pas autant de médias présents s’ils ne savaient pas qu’aujourd’hui (…) un prisonnier politique sort d’une prison espagnole. »

« Il y a six ans et demi, ils nous ont incarcérés pour avoir fait le pari de la paix et je veux vous féliciter tous pour avoir maintenu ce pari, en dépit de toutes les provocations », a-t-il ajouté. « La paix est bien la voie à suivre » jusqu’au bout « et c’est ce que je me propose de faire  avec vous tous ».

Arnaldo Otegi[1]

Militant abertzale, porte-parole de Batasuna (Né le 6 juillet 1958 à Elgoibar-Guipuzcoa-Pays basque espagnol).

Il est licencié en philosophie et en lettres. Marié et père de deux enfants. Militant d’Euskadi Ta Askatasuna (ETA-pm puis ETA), il s’exila en France  (1977). Arrêté puis expulsé, il est remis aux autorités espagnoles (1987), jugé à Madrid et condamné à six ans de prison. Libéré en 1990, il  est élu au Parlement autonome (Gasteiz) en octobre 2004. En 1997, il est élu membre de la Direction provisoire de Herri Batasuna, pour pallier l’emprisonnement des responsables de cette formation politique. Il participe à la signature des Accords de “Lizarra-Garazi” (12 sept. 1998) et est à nouveau élu parlementaire aux élections autonomiques (oct. 1998) sous le sigle d’Euskal Herritarrok (EH). Après les illégalisations successives de HB, d’Euskal Herritarrok et de Batasuna, il fait connaître (nov. 2004) la proposition d’Anoeta, dans laquelle la gauche indépendantiste expose ses bases pour la résolution du conflit en Pays basque. Les tribunaux ouvrent alors plusieurs procédures à son encontre, dont certaines pour « Apologie du terrorisme ». Il est emprisonné en 2005 et le 27 avril 2006 durant 15 mois, puis de nouveau incarcéré en juin 2007. Il l’est encore depuis  le 13 octobre 2009, toujours accusé d’avoir voulu reconstituer un parti public abertzale pour remplacer Batasuna. Il est l’un des artisans, en binôme avec le dirigeant historique de l’ETA, Josu Ternera, de l’arrêt de la lutte armée au Pays basque[2].

Otegi-Ternera

De Herri Batasuna à Sortu

Herri Batasuna a été fondée en 1978, juste après la fin de la dictature franquiste, suite à la coalition d’Acción Nacionalista Vasca (ANV), Euskal Sozialista Biltzarrea (ESB, « Assemblée socialiste basque »), Herri Alderdi Sozialista Iraultzailea (HASI, « Parti socialiste révolutionnaire populaire ») et Langile Abertzaleen Iraultzarako Alderdia (LAIA, « Parti révolutionnaire des travailleurs patriotes »). Dans la même mouvance se situaient Gestoras Pro Amnistía, le syndicat LAB, le mouvement de jeunesse Jarrai (puis Haika et Segi), et ASK.

De la fin des années 1970 à la fin des années 1990, cette coalition politique  a constitué la 3ème ou 4ème force politique, (10 à 15  des voix) Dans la Communauté Autonome du Pays Basque loin derrière les nationalistes modérés du  Parti Nationaliste Basque, PNV

Même si Herri Batasuna s’est toujours défendue d’être la branche politique de l’ETA, elle  a  été considérée comme telle par une partie de la classe politique et de l’opinion publique espagnole. Elle a souvent été choisie comme interlocuteur par le gouvernement espagnol, pour obtenir la fin des attentats commis par l’ETA. Herri Batasuna refusant strictement de condamner les attentats de l’ETA, l’État espagnol s’est progressivement orienté vers l’illégalisation de la coalition.

Les procès : Le 1er Décembre 1997, le Tribunal suprême de Madrid condamne les 23 dirigeants du parti abertzale Herri Batasuna (Unité populaire, HB) à sept ans de prison ferme pour avoir eu l’intention de diffuser, dans le cadre d’une campagne électorale, un spot télévisé réalisé par ETA. HB déclare céder « la parole à ceux qui offrent réellement une solution de rechange pour la paix et la démocratie, pour surmonter le conflit politique d’aujourd’hui ainsi que ses manifestations violentes ». Dans cette bande vidéo, on voit trois personnes armées et cagoulées réclamer la reconnaissance du Pays basque, donc son droit à l’autodétermination, ainsi que son unité territoriale (dont l’inclusion de la Navarre et du Pays basque français), et exiger que le « peuple basque » puisse « décider librement de son avenir ». En échange d’un cessez-le-feu, elles exigent une amnistie générale et inconditionnelle pour les membres d’ETA détenus dans les prisons d’Espagne, ainsi que le départ du Pays basque des « forces armées espagnoles ».

Le Parti nationaliste basque (PNV), formation démocrate-chrétienne, majoritaire et au pouvoir au Pays basque espagnol, condamne la sentence, mais précise : « Le comité directeur (…) n’a aucune raison de soutenir Herri Batasuna et moins encore les membres de sa direction. Notre parti n’a reçu de leur part et de leur entourage politique que des insultes, des menaces et dénigrements. (…) Nous constatons en outre (…) que les citoyens basques sont fatigués d’eux, de leur arrogance, de leur agressivité liée aux assassinats, enlèvements et extorsions commises par l’ETA et la guérilla de rue (…). Ni le PNV ni la grande majorité de ce peuple ne soutiendra la grève générale convoquée pour le 15 décembre 1997 ni aucune autre mesure de force, car il est temps maintenant que Herri Batasuna cesse d’associer aux projets politiques la pression ou l’usage de la force et de l’intimidation. »

En 2000, Herri Batasuna est dissoute. La majorité de ses membres rejoint Batasuna, qui poursuit dans les grandes lignes sa politique, une minorité fondant Aralar [1] parti politique ( dirigeant : Patxi Zabaleta) qui vise également l’indépendance basque, mais condamne la violence comme moyen d’y parvenir.

Batasuna

Parti indépendantiste basque d’extrême-gauche, proche des mouvances marxistes et libertaires. Le terme Batasuna signifie unité en basque. Le gouvernement espagnol le déclare illégal, en 2003, pour ses liens avec le groupe armé indépendantiste ETA. On lui reproche notamment de ne pas condamner la violence d’ETA. De plus son porte-parole Arnaldo Otegiv avait rendu un hommage public au dirigeant d’ETA, José Miguel Banaran Ordenana dit “Argala” tué en France en décembre 1978 par un groupe d’extrême droite espagnol.

Ce parti se défend en arguant du fait qu’il est stérile et hypocrite de ne condamner qu’une seule forme de violence, celle d’ETA, sans condamner toutes les autres formes de violence, y compris gouvernementale. Batasuna est considéré comme un “groupe Terroriste” par l’union Européenne.

Illégalisation de la représentation politique du Mouvement de Libération National [5].

Mai 2002 : une dizaine de membres de Batasuna sont arrêtés par la police espagnole.
Août 2002 : La loi «sur les partis politiques» signée entre les principaux partis, illégalise de fait Batasuna. Garzon fait fermer les sites web de l’organisation.

Le 26 Août Garzon fait suspendre les activités politiques de Batasuna. Ses sièges sont perquisitionnés et fermés.

Le 17 mars 2003, la Cour Suprême interdit Batasuna[2].

06 Avril 2003 : La liste européenne  “Herritarren Zerenda” est interdite en Hegoalde. Elle reste légale en Iparralde (Pays basque français).

Mai 2003 : La Plate-forme AuB essaye de se présenter aux élections municipales et provinciales. Elle est interdite par le Tribunal Suprême. AuB appelle à voter blanc. 168 000 personnes répondront à l’appel.

En Juin 2003, l’Espagne fait inscrire Batasuna sur la liste des ” organisations terroristes ” de l’UE.

Evolution : Ce parti a, depuis sa fondation et suite aux illégalisations et répressions diverses, changé plusieurs fois de nom : Herri Batasuna, Euskal Herritarrok, Sozialista Abertzaleak, Ezker Abertzaleak, AUB, Aukera Guztiak. Sous cette dernière appellation, Batasuna a pu se présenter aux élections autonomiques basques en avril 2005, et obtenir 10 % des voix, loin derrière le parti basque majoritaire, EAJ-PNB, démocrate-chrétien qui obtient plus de 40 % des voix et qui se maintient au pouvoir.

Le 4 octobre 2007, les 22 membres de la direction de ce parti politique ont été arrêtés par les forces de l’ordre espagnoles, et transférées au juge chargé de cette affaire. Ils étaient soupçonnés de se réunir pour organiser la passation entre l’ancienne et nouvelle direction. Or Batasuna était interdit de toute activité politique pour cause de ses liens avec ETA depuis 2003.

Après de nombreuses tentatives d’organisation, interdites par la justice espagnole, en mars 2011, la gauche abertzale tente d’obtenir la légalisation du mouvement Sortu.

Amaiur est le nom de la nouvelle coalition politique nationaliste basque, créée le 27 septembre 2011, pour rassembler la gauche abertzale, avec notamment les partis Aralar, Eusko Alkartasuna, Alternatiba et des indépendants. Le Parti nationaliste basque a refusé d’y être associé. En se présentant pour la première fois sous ce nom lors des élections législatives anticipées du 20 novembre 2011, elle obtient sept députés, devenant la première force politique abertzale et en dépassant le PSOE en Navarre

Le 20 juin 2012, La formation indépendantiste basque Sortu[3] a été legalisée par le Tribunal constitutionnel espagnol pour une voix (6 contre 5). Lors des dernières estimations livrées en novembre 2013 par le faculté des sciences politiques de San Sébastian (Euskobarometro), on créditait Sortu de 23 parlementaires s’il y avait aujourd’hui des élections au Parlement Basque, contre 29 pour le centre droit nationaliste du PNV. Les autres partis (PSOE, PP, IU…) totalisaient ensemble autant de parlementaires que le seul Sortu (23 en tout) [4].

[1] Depuis  2011, Aralar est membre des coalitions Amaiur  et Euskal Herria Bildu. En Navarre, province où le parti est le plus implanté, Aralar est membre depuis 2004 de la coalition Nafarroa Bai. En Iparralde (Pays basque frnçais), Aralar entretient des liens étroits avec Abertzaleen Batasuna. Le 7 février 2009, lors de l’assemblée générale de cette dernière à Ustaritz, fut prise la décision d’officialiser et de renforcer les relations entre les deux partis.

Le 3 mars 2012, son assemblée générale débat sur la question de savoir  si Aralar doit participer à la coalition Amaiur. Aralar décide  d’entamer des négociations avec la gauche abertzale, Eusko Alkartasuna, Alternatiba et Abertzaleen Batasuna dans le but de participer ensemble aux futures élections  au Parlement basque.

 [2] En France (Iparralde-Pays basque Nord) ce parti n’est pas interdit. Son porte-parole est Txabi Larralde. Le 3 janvier 2013, il se dissout appelant ses militants à participer à la création du nouveau parti Sortu crée au Pays basque Sud (Hegoalde)

[3] Sortu (prononcer shortou) (naître, apparaître) est un parti politique actif dans les communautés autonomes du Pays basque et de Navarre, créé le 9 février 2011. Idéologiquement situé dans la gauche abertzale, et considéré, depuis sa fondation, il comme l’héritier de Batasuna (non légalisé).  IU (Izquierda Unida) et la plupart des partis politiques ont salué la création du parti et ont demandé qu’il puisse participer aux élections sans condition. Mais le PP (Partido Popular) et UPyD considèrent Sortu comme étant la continuité de Batasuna et, par conséquent, le jugent inféodé à ETA, d’où leur refus  de sa légalisation. Le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol)  considéré que le rejet de la violence terroriste par Sortu est une importante avancée, mais juge cela insuffisant. Pour leur part, les promoteurs de Sortu affirment n’être « la continuité de rien parce qu’ils parlent de principes et compromis qui n’ont pas une identification avec de précédents modèles d’organisations non légalisées » tandis qu’ils rejettent toute « subordination ou tutorat “.

[4] Mais aux élections législatives de décembre 2015, Bildu n’aura plus que deux élus (perte de trois sièges) alors que le PNV obtient 6 élus et que la coalition d’Extrême-gauche anti-austérité, Podemos devient la 2ème force politique au Pays Basque..( obtient seule 25,97 % des suffrages).

[5] Cf. Poggioli Pierre, “IRA, ETA, FLNC : Trois mouvements armés en Europe (tiré de thèse Science Politique Aix en Provence, Juin 2011), edit. Fiara, nov. 2012, 1000 p

Cf. Poggioli Pierre, “Irlande Pays basque, Corse : Après l’Adieu aux armes”, edit. Fiara, juillet 2016, 500 p

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