Elections professionnelles : Candidature STC annulée en justice

Elections professionnelles : la candidature du STC annulée en justice

La candidature du Syndicat des travailleurs corses (STC) aux élections dans les TPE (très petites entreprises), la quasi-totalité des entreprises corses, a été annulée par le tribunal d’instance du 15ème arrondssement de Paris, comme le demandaient les grandes centrales syndicales, (CGT-CFDT-CFTC-FO) qui depuis l’après-guerre se partagent la réprésentation syndicale en France. Celles-ci voulant à tout prix préserver leur pré-carré (et les avantages économico/financiers entre-autres liés au statut découlant de cette reconnaissance/représentativité officielle) ne supportent guère l’éventualité d’une quelconque reconnaissance de la représentativité d’autres structures syndicales qui auraient l’audace d’y prétendre.

STC-

La candidature STC a été attaquée sur la base d’arguments “très politiques” et confinant au racisme anti-corse. Ce syndicat dérange les grandes centrales établies et tant contestées, notamment la CGT. Cette centrale syndicale, malgré son baroud très controversé sur la forme à l’occasion des mobilisations justifiées contre la Loi-Travail, espère se refaire une santé à l’occasion de ces élections TPE pour pallier la désaffection dont souffrent les syndicats traditionnels (dont elle-même) depuis des années. Aussi a-t-elle semble-t-il peu apprécié son intrusion électorale  dans l’Hexagone.

Les arguments fallacieux utilisés dans l’argumentaire (refus des valeurs réublicaines… poursuite d’un but politique (“Autodétermination du peuple corse”, défend des intérêts régionalistes, préceptes contraires à l’essence même des activités syndicales, s’exonère des critères d’indépendance et de respect des valeurs républicaines, porte atteinte à l’impartialité de la justice… discrimination entre les citoyens de l’île, contrôle des délégués prud’hommaux par les permanents du STC…!!! ).

Cette décision de justice scandaleuse, “très politique”,  renvoie aux années qui ont suivi  la création du STC (1984) lorsque les pouvoirs publics et les syndicats traditionnels ont usé de tous les moyens et artifices pour l’ostraciser et tenter de le faire interdire dans le but de l’empêcher d’acquerir officiellement la representativité que les salariés allaient peu à peu lui donner et ses résultats électoraux qui allaient être de plus en plus conséquents ..

Dès décembre 2002, arrivé en tête aux élections prud’homales, il devient officiellement le 1er syndicat de Corse, confirmant sa place prépondérante dans le paysage social de l’île. Il a depuis poursuivi sa progression en voix et en élus, confortant sa position leader en Corse au plan syndical

Le tribunal avait été saisi par la CFDT, la CGT, FO et la CFTC,  après le dépôt par le STC, syndicat corse nationaliste, de sa candidature auprès du ministère du Travail pour le scrutin dans les TPE (moins de 11 salariés, soit la majorité des entreprises de Corse), prévu du 28 novembre au 12 décembre.

Ce tribunal “politique”  a  conclu  que  “sa candidature aux prochaines élections professionnelles doit être annulée“…..Déclarant “illicite” le STC, il a annulé la décision de la Direction générale du Travail du 1er juin 2016 ayant déclaré recevable sa candidature aux élections dans les TPE.

Le mouvement national doit se mobiliser à ses côtés et dénoncer cette décision discriminatoire

Poggioli Pierre                           10 Juillet 2016

 

 

Je soumets à la lecture, pour  celles et ceux qui seraient intéressés,  une synthèse (assez longue) de l’ouvrage que j’ai publié en 2008 sur l’histoire du STC

 

Rappels tirés de « L’histoire du STC »

Poggioli Pierre ; éditions DCL, Ajaccio, Janvier 2008

STC couv

En Corse, dans les années 1970, alors que se développe un mouvement de contestation dans l’île, et que le problème corse occupe la une de l’actualité sous l’aspect trop souvent réducteur des drames et des évènements graves, les salariés corses décident de lutter quotidiennement pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de leurs salaires. Ils sont au départ regroupés dans des syndicats dits traditionnels et s’inscrivent dans des schémas de lutte et de réflexion découlant des analyses et des actions de mobilisation impulsées à l’échelon national français. Avec la montée en puissance de la contestation en Corse, suite au développement notamment de la lutte clandestine avec l’action armée du Front de Libération Nationale de la Corse (FLNC), des adhérents corses de ces syndicats traditionnels veulent impulser la prise en compte par ceux-ci de revendications spécifiques. Ils tentent de les mobiliser autour  des thèmes des conditions de travail et d’emplois propres à la Corse, en tirant leurs analyses et leurs prises de position d’une approche spécifique de la situation économique et sociale de l’île, la Corse n’étant pas pour eux l’île de France ou la Lozère.

C’est ainsi que ces pionniers, entraînant à leur suite de nombreux militants autonomistes puis nationalistes, investissent dans un 1er temps les syndicats dits traditionnels, surtout la CFDT, réussissant à faire évoluer les structures régionales de ces formations syndicales. Celles-ci prennent alors des positions beaucoup plus politiques en tenant compte de l’élargissement des idées autonomistes puis nationalistes au sein des différentes couches sociales de la société corse, particulièrement parmi les franges les plus jeunes.

Au début des années 80, cette stratégie de « l’entrisme » va connaître ses limites dont le mouvement nationaliste alors en pleine ascension va tirer les enseignements. A l’initiative du FLNC, est élaborée la stratégie des contre-pouvoirs politiques, économiques, sociaux, culturels, associatifs et syndicaux. C’est la fin de la politique de « l’entrisme » syndical prôné et encouragé jusqu’alors, et la mise en chantier de la création d’une structure syndicale spécifique de défense des salariés corses.

Le 1er mai 1984, lors du rassemblement d’officialisation du nouveau syndicat, place des Palmiers d’Ajaccio, le « Sindicatu di i Travagliadori Corsi », STC,  prend la suite des premiers « Associi Naziunalisti » crées dans diverses entreprises, administrations ou secteurs économiques durant les mois précédents et coordonnés au sein de la « Cuncolta di l’Associii Naziunalisti » (CAN).

Contrairement aux déclarations d’un responsable de la CGT de l’époque, « c’est un syndicat mort-né », le nouveau syndicat au fil des années et des luttes sociales, va confirmer une progression constante dans tous les secteurs d’activité de la société corse.

En décembre 2002, arrivé en tête aux élections prud’homales, il devient officiellement le premier syndicat de Corse, confirmant sa place prépondérante dans le paysage social de l’île. Il peut dresser un bilan plus que satisfaisant lors de son congrès de 2003 et à l’occasion de la célébration de ses vingt années d’existence en mai 2004.

C’est toute l’histoire de ce syndicat, « spécifique et identitaire », depuis sa création et son développement  jusqu’à cette consécration aujourd’hui que j’ai choisi de traiter ici.

Chap 3 : Le mouvement social en Corse

  1. A) Jusqu’aux années 1970
  2. a) Des origines au Front Populaire
  3. b) L’après-guerre (1945-1970)
  4. B) La période contemporaine
  5. a) Les années 1970
  6. b) Le poids de la revendication nationaliste

2ème partie : De la création au développement

Chap 1 : La naissance du STC

Il nous faut d’abord resituer cette naissance dans son contexte historique et politique pour en arriver à la situation des années 80, période de sa constitution. Sa création et son évolution sont indissociables de l’histoire du mouvement de contestation de ces dernières décennies dans l’île, notamment à partir des années 70. Les développements qu’il a connus s’inscrivent dans la problématique du mouvement de libération nationale, auquel le syndicat est étroitement imbriqué, et du problème politique corse, tels qu’ils se sont développés durant ces trente dernières années.

A) La Corse dans son contexte historique et politique) 

a) Rappels historiques

b) La revendication contemporaine (jusqu’au début des années 1980)  

B) Des « Associi » au STC

a) A « Cuncolta di l’Associi Naziunalisti », (CAN)

b) Naissance du STC

Durant cette année, l’entreprise Femenia, un des derniers fleurons du tissu industriel corse, est menacée de liquidation, dans le cadre de la politique de restructuration du secteur industriel défini à l’échelon national français, car considérée à Paris comme un « canard boiteux ». Les salariés de l’entreprise se mobilisent et occupent la rue par différentes actions. La réponse à leurs inquiétudes quant à l’avenir de l’entreprise et de leurs emplois est la répression policière. Les CRS interviennent de manière particulièrement musclée lors de leur manifestation du 22 mars à Bastia. Les nationalistes sont à leurs côtés, mais ce soutien se fait par le biais des organisations politiques de la CGNC et de la CCN. Ce conflit achève de convaincre les militants de Bastia de la nécessité de développer le STC. Les structures syndicales traditionnelles sont impuissantes et la politique suivie jusque-là de l’entrisme par les militants nationalistes touche du doigt ses limites.

De la même façon, les militants réalisent vite que les structures des Associi ne suffisent plus pour faire respecter la législation et les droits des travailleurs. L’idée fait son chemin : il faut désormais créer une véritable organisation avec une structuration et une stratégie, un véritable syndicat corse, occupant le terrain des luttes sociales, tout en se déclarant solidaire et complémentaire des autres expressions de la lutte de libération nationale du peuple corse. Les conflits de Femenia et de Job-Bastos qui l’a précédé, auxquels ont participé les nationalistes en soutien, ont fait prendre conscience à de nombreux salariés, y compris certains membres des syndicats traditionnels, que ces derniers ne pourraient jamais prendre en compte certaines revendications jugées fondamentales par les militants nationalistes corses, à savoir « corsisation » des emplois, enseignement obligatoire de la langue et de la culture corses, reconnaissance des intérêts collectifs corses.  Celles et ceux qui se sont mobilisés aux côtés des travailleurs de Femenia, drapeaux corses en tête, sont d’autant plus déçus qu’ils ont voté pour un gouvernement de gauche qui liquide leurs entreprises, les confinant au chômage et à l’exclusion.

D’autres éléments s’impliquent alors au sein des « Associi », tels sur Bastia, J-P Calendini, A. Verdi, M-F Giovanangeli, M-F Dussol, J. Brignole…

Les travailleurs corses des « Associi », conscients des limites de la CAN -simple association de fait, pouvant tout juste s’appuyer sur les « lois Jean Auroux  du 4 août 1982 » ( quatre lois qui ont entraîné une refonte assez étendue du Code du travail, élargissant le droit syndical dans les entreprises) pour espérer faire valoir leur existence dans l’entreprise- comprenant qu’ils doivent mettre un terme à la double appartenance syndicale et à l’entrisme s’activent alors pour se doter d’une structure syndicale capable d’imposer avec plus d’efficacité les revendications spécifiques des salariés corses dans les entreprises.

Le 24 avril 1984, dans une conférence de presse à Ajaccio, les Associi, regroupés au sein de « A Cuncolta di l’Associi Naziunalisti », qui a mené quelques conflits avec succès, annoncent la création du «  Sindicatu di i Travagliadori Corsi », STC.

Le 1er mai1, le nouveau syndicat organise deux rassemblements à Ajaccio et Bastia. A Ajaccio, sur la place de la mairie, environ 400 personnes officialisent la création d’une organisation qui au fil des années et des luttes va s’imposer comme le principal syndicat dans l’île et accueillir plusieurs milliers d’adhérents. Jacky Calistri, aux côtés de Roger Tradii, hélas trop tôt disparu, ancien du PCF qui depuis plusieurs années a rejoint les mouvements nationalistes, et tous les « pionniers » des associi, situe les objectifs du nouveau syndicat au cours de son intervention.

Crée selon les obligations que lui impose la loi sur les syndicats, le STC aspire à être présent à tous les niveaux de la lutte syndicale pour la défense des travailleurs. Constitué conformément aux règles du Code du travail, il se rattache à l’esprit des communautés ethniques d’Europe, dont le Comité permanent siège au Val d’Aoste. Une délégation de la CAN à la fin 1983, puis du STC fin 1984, sera d’ailleurs reçue au Val d’Aoste par les représentants de ce Comité. Elle rencontre le « Syndicat autonome des Travailleurs Valdôtains », SAVT. Le syndicat étudie aussi l’évolution du syndicat basque, LAB.

Parallèlement, vont se développer d’autres structures occupant d’autres secteurs d’activité : « A Federazione Corsa di i Cummercianti e di l’Artigiani », FCCA, et « l’Associu di l’Agricultori Corsi », SCA, crée le 15 mai à Corté, qui occupera diverses terres pour demander leur redistribution à des jeunes corses. « L’Associu di l’Insignanti Corsi », AIC, qui existait déjà, est réorganisé. Le 16 mai 1984, il devient le «  Sindicatu di i Travagliadori di l’Insignamentu », puis le 12 juin 85, le « Sindicatu Corsu di l’Insignanti », SCI. En février se crée aussi à Ajaccio, « l’Associu di i Parenti Corsi », APC, qui va occuper le terrain de l’enseignement de la langue dans l’éducation nationale et prendre en compte les problèmes de l’enseignement en général. Puis va se créer le « Sindicatu di i Pescadori Corsi », SPC, qui va prendre en charge les problèmes de la pêche.

A Bastia, le Journal «  U Ribombu », rapatrié de Nice où il était l’organe de la « Cunsulta di i Studienti Corsi », CSC, désormais devenu le journal de la « Cunsulta di i Cumitati Naziunalisti », CCN, devient hebdomadaire le 1er mars 1984.

Les jeunes eux sont déjà organisés avec la CSC, « l’Associu di i Liceani Corsi », ALC, et au sein de a « Cunsulta di a Ghjuventù Naziunalista  Corsa », CGNC.

Comme les autres contre-pouvoirs, la CAN a pris acte que ses revendications ne peuvent être détachées de la lutte culturelle, économique et sociale du peuple corse et qu’elles doivent s’inscrire dans la démarche commune des organisations nationalistes qui luttent pour que le peuple corse recouvre tous ses droits sur sa terre. D’ailleurs en cette période agitée (Affaire Guy Orsoni enlevé et assassiné par des barbouzes, dissolution de la CCN, agitation anti-nationaliste de la « Corse Française et Républicaine », CFR, incidents Université, Affaire J-B Rotily-Forcioli, solidarité contre la répression, soutien à la lutte institutionnelle… ) la CAN est partie prenante de toutes les mobilisations nationalistes au sein d’une démarche unitaire de toutes les expressions publiques de la lutte nationaliste qui devient « Unità Naziunalista », à laquelle adhère le STC.

Chap 2 : L’implantation du syndicat

  1. A) Les premières batailles (1984-1985)
  2. a) Croissance et structuration
  3. b) Le conflit de la SMC
  4. B) Les obstacles (1986-1987)
  5. a) Une audience grandissante
  6. b) La répression

Chap 3 : Le renforcement du syndicat

  1. A) Les élections prud’homales (1987)
  2. a) Intensification des mobilisations
  3. b) Le succès des prud’homales (1987)

Après la période dramatique qui a précédé, tandis que se poursuivent les actions du FLNC, la tension ne s’estompe guère durant l’été 1987,  (interdiction des Muvrini à Ile-Rousse, attentats contre les forces de l’ordre, dont un, meurtrier, contre des gendarmes en août, liquidation de FR3 corse..) et que les arrestations se poursuivent, avec notamment la descente policière du 1er octobre 1987 dans les locaux du Ribombu ( perquisitions, interpellations et transferts de nombreux militants vers les prisons parisiennes ) avec toujours l’idée affichée de prouver à n’importe quel prix les prétendus liens organiques avec l’organisation clandestine du FLNC… Avec la volonté affichée des responsables policiers de s’attaquer à toutes les structures publiques de contestation, le STC est lui aussi dans le collimateur. Il polémique avec le préfet Morin qui le cible, laissant planer une possible dissolution à terme.. Le 25 mai, il a porté plainte contre le préfet Morin qui veut accréditer la thèse de relations organiques entre le STC et le FLNC, dénonçant dans une conférence de presse les desseins avoués du préfet de police et ses manœuvres d’intoxication et de provocation, surtout après la dissolution de la Riscossa.

Le syndicat n’en poursuit pas moins ses activités. Le 27 août, il impose le rembarquement de deux marins mis à pieds par la SNCM, après un blocage  de navires à Nice et à Calvi. Il s’inquiète de la politique suivie par les responsables des CFC. Le 16 septembre, il dénonce la chasse aux sorcières qui s’instaure dans le domaine de la Santé, avec la complicité de la direction de l’hôpital d’Ajaccio, et les pressions exercées sur les salariés, plusieurs de ses adhérents connus pour leur engagement nationaliste et syndical ayant été perquisitionnés et placés en garde-à-vue. La section PTT critique les conséquences du « Plan Longuet pour la poste » puis dénoncera en octobre le refus de la préfecture de la recevoir, niant  sa représentativité.. La section CCAS s’inquiète des menaces qui pèsent sur le personnel. Par ailleurs, sonnant le glas d’une possible politique industrielle pour la Corse, le Tribunal de commerce de Bastia confirme la liquidation de l’entreprise Femenia après des mois de mensonges des autorités et d’illusions pour les salariés et les syndicats traditionnels qui jusqu’au bout ont cru à un possible sauvetage des emplois après une restructuration.

Une délégation du syndicat participe au Colloque de Lyon, organisé par le « Comité de soutien à la lutte du peuple corse », sur le thème « Spécificités et convergences des expériences, situations et stratégies des mouvements de libération », en présence  de représentants des Kanaks du FLNKS, les Guadeloupéens de l’UPLG, de la Réunion et de la Martinique mais aussi des peuples de l’Hexagone ( Occitans, Basques, Bretons) très intéressés par l’expérience syndicale corse. Une motion de soutien au STC, en butte à la répression et aux velléités de dissolution du préfet Morin est votée par l’ensemble des participants.

Le STC se présentant aux élections prud’homales1, la répression va l’atteindre. Le STC critique durement son fonctionnement dans l’île, où l’absentéisme des juges prud’homaux est important. Cette juridiction s’est aussi illustrée par la lenteur de ses décisions lors du conflit à la SMC de Bastia, jouant visiblement le jeu du directeur de cette société.

Inquiet de l’assurance du bon résultat qu’il va obtenir à ces élections, le Préfet de Police va tenter de créer le trouble et la peur parmi les adhérents du syndicat. Des militants ayant déjà été perquisitionnés et placés en garde à vue, le STC prend les devants. Le 30 novembre 1987, après l’interpellation de trois autres adhérents, il dénonce la volonté du préfet Morin d’accréditer à tout prix la thèse de liens organiques entre l’organisation syndicale et le FLNC, en vue de  créer les conditions d’une prochaine dissolution du syndicat après celle du MCA et de la Riscossa. Le STC s’insurge contre cette politique irresponsable qui vise à l’empêcher de participer pour la première fois à des élections prud’homales, programmées une semaine plus tard et qui vont renforcer sa représentativité sur le terrain par rapport aux syndicats traditionnels. Le syndicat se demande : « prépare-t-on notre dissolution ? ».

Le lendemain, le secrétaire général du syndicat est interpellé et transféré par avion spécial à Paris, ainsi que trois autres adhérents. Le syndicat organise un rassemblement de soutien et de protestation devant les préfectures d’Ajaccio et de Bastia, dénonçant la grossièreté de la manœuvre. Si la CGT, elle, choisit le silence dans cette affaire, faisant fi de la solidarité syndicale, nombre de ses adhérents et responsables sont présents aux rassemblements. Devant la vacuité des charges, B. Trojani est relâché et laissé seul et sans argent dans les rues de Paris, à charge pour lui néanmoins, comme d’autres militants, de se débrouiller et de rentrer en Corse par ses propres moyens. Il tient une conférence de presse le lendemain à Ajaccio dénonçant les provocations répétées à l’encontre du STC, appelant les salariés à renforcer le syndicat par leur vote aux élections prud’homales.

Heureusement, cette volonté de dissolution n’aboutira pas et la politique de déstabilisation du syndicat à la veille des élections prud’homales échouera. Le syndicat va concrétiser une progression fulgurante par de très bons résultats aux élections prud’homales. Le 9 décembre 1987, la réponse est éclatante, confirmant l’échec des manœuvres des autorités de police. Pour sa première participation le syndicat réalise une forte percée avec 17% des voix et 4 sièges. La CGT et FO reculent, la CFDT s’effondre. La campagne d’intoxication et de manipulations à son encontre a échoué. Il poursuit néanmoins sa mobilisation pour soutenir un de ses militants, Antoine Verdi, toujours au cachot depuis 45 jours. Il enregistre une autre victoire aux élections des CFC, obtenant deux élus aux élections du Comité d’entreprise. Le SCI pour sa part, obtenant 19% des voix aux élections à la CAPD, devient la 3ème  force syndicale dans l’enseignement en Corse. Le STC annonce aussi la création de sept nouvelles sections sur toute l’île depuis septembre et sa victoire à l’étude notariale « Mingalon » à Bastia.

Par ces nouveaux succès syndicaux, le STC et le SCI confirment leur représentativité dans l’Ile. Ces succès aux élections professionnelles sont très significatifs de la progression globale des structures nationalistes et de leur implantation sur toute la Corse. Fin 1987, le STC devient ainsi une force incontournable avec sa cinquantaine de sections, son millier d’adhérents, ses quatre Conseillers Prud’homaux, ses représentants dans les « Commissions Techniques Paritaires ». Il est implanté dans l’ensemble des secteurs d’activité de l’île.

Pour autant, ce succès réconfortant pour les militants et responsables du syndicat ne fait pas oublier une situation politique très inquiétante. L’année 1987 se termine dans une atmosphère lourde et un climat tendu. Les arrestations se multiplient dans le cadre d’une politique de ratissage systématique région par région. Des dizaines de militants sont interpellés, ainsi que leurs familles, utilisées comme otages, pour faire « craquer » les militants en garde à vue. La répression après avoir visé les seuls militants clandestins s’est étendue et touche désormais tous les secteurs organisés de la lutte nationaliste. Le pouvoir cherche visiblement à isoler et à marginaliser le FLNC en exerçant des pressions sur tous ceux et celles qui pourraient dans leur action quotidienne être solidaires du mouvement clandestin. Le FLNC quant à lui poursuit ses débats et prépare son 1er congrès. Malgré les conflits larvés, l’heure est à la solidarité car la pression policière est très forte. Ainsi,  le débat sur l’élargissement de la direction politique, jusqu’alors détenue par la seule structure clandestine, est escamoté car le moment n’est pas propice à une crise politique interne. Pourtant des dissensions se font jour et la confusion règne à propos de cet élargissement entre les partisans d’une co-direction de l’organisation clandestine avec les organisations publiques et ceux qui préconisent une simple augmentation du nombre de membres du Cunsigliu, organe dirigeant du FLNC.  Les premiers ne s’opposeront pas aux décisions qui seront prises, malgré des désaccords importants,  notamment sur la nouvelle structuration,  par souci d’unité face à la répression. Car, pour l’heure, le plus important est d’empêcher la politique répressive – menée par Charles Pasqua et le Préfet Morin,  avec le soutien d’une partie importante de la classe politique traditionnelle et de la CFR- d’atteindre son objectif clairement affiché de liquidation du FLNC et de la revendication nationale corse.

  1. B) La lutte pour la représentativité
  2. a) Un combat permanent

La satisfaction de cette revendication légitime, et ce malgré ses résultats très vite probants aux élections, ne fait que commencer. Cette lutte sera très difficile et obligera le syndicat à un véritable parcours du combattant permanent partout où il voudra s’implanter, y compris dans les administrations et les entreprises publiques, avec la complicité plus ou moins tacite des syndicats traditionnels, qui s’abritent derrière la loi qui ne reconnaît que cinq grandes centrales à l’échelon national français.  En créant l’organisation internationale du travail, le traité de Versailles de 1919, a posé la notion « d’organisations les plus représentatives1 » introduite dans le droit français en 1925.

Le STC devra constamment batailler, y compris bien après de nombreux succès électoraux, pour imposer la prise en compte de sa représentativité et la reconnaissance de ses sections dans les entreprises ou les administrations publiques.

Le 5 janvier 1988, le STC s’engage dans un nouveau conflit à rebondissements. Il soutient les employés d’une entreprise privée d’électrification, la LMR, sous-traitant d’EDF, dont les dirigeants bénéficient de nombreux soutiens politiques et même d’une certaine complaisance vis à vis de leurs pratiques paternalistes moyenâgeuses de la part des pouvoirs publics. Les salariés s’opposent à des licenciements économiques avec fiches de paie amputées des primes collectives des BTP et refus du patron d’assurer le complément maladie des salariés. Là encore la confrontation durera plusieurs mois. Après quinze jours de grève à Bastia, les salariés, comprenant que la direction cherche le pourrissement du conflit pour décourager les grévistes, tout en continuant ses activités sur ses autres sites, occupent les locaux de la société à Corté. Ils distribuent des tracts sur toute la Corse pour sensibiliser l’opinion sur leur situation et le 26 janvier, ils se rassemblent devant la préfecture de Bastia. Trois jours après, ils occupent la Direction du travail qui elle aussi ne s’implique guère dans une quelconque démarche de solution du conflit, ayant opté pour l’immobilisme. Finalement, les salariés par leur opiniâtreté obtiennent gain de cause sur leurs revendications d’emplois,  de salaires et de conditions de travail, mais il aura fallu encore une fois une grève très dure de trente jours et une mobilisation de tout le syndicat pour faire plier une direction d’un autre âge. Les élections du personnel, contestées par la direction, sont reconnues. Pourtant malgré ce succès, la victoire n’est pas acquise pour autant. En mars, ayant repris un second souffle, le véritable patron de la société, Louis Raffalli remet en cause le protocole signé, et ce alors qu’une solution aux problèmes mis en avant par les grévistes est en train d’être élaborée par les salariés eux-mêmes. Une des quatre sociétés de ce patron de choc, Enco-Raffalli de Furiani se met en grève début avril, à l’appel de la CGT et du STC. Le STC d’Ajaccio occupe l’entreprise à Baleone durant cinq jours. Le patron de l’entreprise s’incline enfin. Les salariés obtiennent gain de cause, avec proposition de la direction d’un intéressement aux bénéfices..

Ce conflit très long et très dur marque un développement incontestable du syndicat corse dans le domaine du privé où malheureusement, trop souvent, le paternalisme sert de méthode de règlement des problèmes sociaux.

Le syndicat continue ses activités désormais traditionnelles de défense des employés. Partout où leurs droits sont niés, dans toutes les entreprises privées où publiques connaissant des problèmes, il implante de nouvelles sections. Sa présence n’est pas sans poser de problèmes, sa représentativité n’étant pas acceptée de gaieté de cœur par le patronat ou les directions des administrations. En janvier, il est entré en conflit à Grani-Corse, entreprise bastiaise, remettant en cause la gestion de sa direction. En février, il a occupé la CCAS à Porticcio, imposant la prise en compte de sa représentativité. Il a dénoncé la concurrence déloyale du Crédit Agricole à l’encontre de la société Bastia-Sécurità, cette banque offrant le transport de fonds gratuit à toute entreprise qui ouvre un compte chez elle. Il a demandé le rattachement des « Chemins de fer de la Corse » à « l’Office des Transports » pour une gestion et des moyens plus efficaces.

En mai 1988, il bloque l’accès à un navire pour dénoncer la tentative de remise en cause des acquis sociaux des marins par la SNCM. En juin, il se mettra en grève à la clinique de Porto-Vecchio avec la CFDT. Le 13 juin, constatant l’inertie de la direction, les salariés durciront le ton, occupant les locaux. Dans un premier temps, les négociations échoueront malgré une manifestation de soutien deux jours après. Finalement, la détermination des occupants paiera et le 19 juin 1988, la direction sera contrainte de céder. Après neuf jours de conflit, un protocole d’accord sera enfin signé.

Les militants du STC sont, en 1984, avant tout des militants politiques venus au syndicalisme par conviction nationaliste et manquent de formation. L’admirable travail des premières sections n’a pu, dans les mois qui suivent la création du STC, camoufler la réalité d’un assemblage de structures vides. Si ces sections ont le mérite d’exister dans un contexte particulièrement difficile de l’époque, elles sont au début réduites à un rôle de dénonciation de problèmes les éloignant souvent de leur but initial et les confinant parfois au rôle de simples faire-valoir de la lutte politique.

Avec l’apport d’autres militants dans d’autres unions locales (Balagne, Bastia, Porto-Vecchio) les années 1986-1987 marquent un tournant dans l’histoire du syndicat. De la première grève maritime en Balagne à la grève des postes à Bastia, plusieurs conflits vont permettre au syndicat d’échapper à une logique d’espaces vides et d’acquérir une place pleine et entière dans la société corse.

Bénéficiant de l’appui du FLNC, ces militants par leur formation initiale et idéologique des premières années, ont contribué à faire du STC un véritable syndicat de travailleurs en même temps qu’ils lui ont permis de mieux appréhender les inévitables contradictions inter-classes de la coalition d’Unità Naziunalista, à laquelle adhère le syndicat.

D’avantage groupes de travailleurs nationalistes d’entreprise que véritables organisations syndicales, les « Associi » avaient ouvert néanmoins la voie à une action immédiatement efficace et syndicale du STC. Peu à peu, par le travail et la pratique, va s’installer un véritable esprit syndical. Sur Bastia l’apport de militants politisés tels J-P Calendini, A. Verdi, M-F Giovanangeli, M-F Dussol, M-A Santoni, J. Brignole et d’autres sera déterminant aux côtés des premiers organisateurs des Associi.

L’implication progressive dans le syndicat de militants issus des milieux trotskistes, tels B. Trojani, secrétaire général élu au 1er congrès, qui quitte la Balagne pour Ajaccio, ou J-L Laredo, venu du milieu anarcho-syndicaliste aura un effet certain sur son développement sur Ajaccio, où jusques-là J. Rossi, l’un des fondateurs des « Associi » sur Ajaccio, ancien militant communiste et cadre de FO, était un des rares à avoir une réelle expérience syndicale. De la même façon, B. Trojani contribuera grandement à asseoir le STC, grâce à son action dans le secteur maritime, où règne alors sans partage la puissante CGT du port de Marseille. Progressivement, il imposera la représentativité du syndicat au fil des mois et des conflits.

Il en sera de même dans le secteur des Postes et Télécommunications, où les salariés STC ont engagé un bras de fer avec leur direction. Celle-ci s’appuyant sur la notion de représentativité à l’échelon national français refuse de reconnaître le nouveau syndicat. En janvier, le syndicat recueillant 10% des voix aux élections confirme sa représentativité. Malgré ce succès, la Direction multiplie les entraves à l’exercice de l’activité syndicale du STC, nécessitant une mobilisation permanente et offensive des fondateurs de la section et des adhérents. Une équipe très dynamique va s’engager dans la bataille autour de C. Giovanni, J-MBattesti, J-A Caviglioli, M.Nicolaï, J-L Ottavy, C. Murati, H. Secondi, J-M Gelormini à Ajaccio, J. Brignole à Bastia, et d’autres qui vont imposer leur représentativité dans un environnement hostile, apportant comme pour le secteur marin des moyens financiers et humains au service du développement de l’ensemble du syndicat.

Cette politique de refus et d’opposition à la constitution de sections du STC sera appliquée  dans de nombreuses entreprises publiques ou privées telles l’hôpital d’Ajaccio où, contraint de reconnaître la présence du STC, son directeur va refuser de lui donner, comme pour les syndicats traditionnels, les moyens d’exercer son activité syndicale. L’épreuve de force, après une vive polémique avec le directeur de la DASS, autorité de tutelle, imposera la prise en compte de la section de l’hôpital et la mise à disposition des moyens qui lui sont dus pour l’exercice de ses activités au sein de la structure hospitalière.

Pendant les années qui suivent, dans un conteste de répression anti-nationaliste, attaqué et combattu de toutes parts, non seulement par l’administration et le patronat, mais aussi et surtout par les syndicats traditionnels, il devra lutter pour imposer sa présence dans tous les secteurs, public et privé. La volonté et la combativité de ses adhérents, ainsi que l’originalité et l’efficacité de ses actions menées dans les entreprises les plus réactionnaires, où les autres organisations syndicales avaient jusque-là échoué, et les succès remportés sur un patronat local jusqu’alors habitué à régner en maître, arriveront à bout des pièges et des obstacles que le STC a trouvés sur sa route. Le STC n’a cessé dès lors, fidèle à ses engagements pris le 1er mai 1984, de lutter dans l’optique d’une libération sociale des travailleurs de Corse.

  1. b)Les premiers clivages

3ème partie : Des confrontations à l’affirmation

Chap 1 : Les grandes épreuves

  1. A) Le conflit social de 1989

       a) Une crise sans précédent

  1. b)  Le poids du « politique »

         B) L’éclatement du mouvement nationaliste

  1. a) Le temps des déchirures
  2. b) Entre turbulences et instabilité
Chap 2 : De l’originalité à l’indépendance syndicale

A) L’indépendance syndicale

  1. a) Le conflit de 1995
  2. b) Entre désarroi et impuissance

A l’approche du congrès de 1994, le STC s’apprêtait alors à commémorer ces dix ans d’existence, J-M Battesti1, résumait la philosophie de la  tendance proche de l’ANC.

Son optimisme et ses bonnes résolutions ne sont pas trop récompensés et se trouvent battus en brèche par la tournure prise par ce nouveau conflit de 1995 qui a attisé encore certaines divergences d’appréciation sur la situation et les positionnements du syndicat. Malgré ces mauvais moments, à l’intérieur du syndicat, les tensions avec cette tendance vont cependant s’estomper dans les années qui suivent. Celle-ci disparaîtra, se fondant au sein du syndicat et continuant d’œuvrer pour son élargissement et son renforcement, tout en restant attachée à la notion d’indépendance syndicale vis à vis d’une quelconque organisation politique publique ou clandestine, sans pour autant se dissocier de la cause nationaliste.

Pour ce qui est de la tendance proche de a « Cuncolta Naziunalista », après avoir pour certains militants continué à militer dans des sections autonomes, la réflexion sur la création d’un nouveau syndicat aboutit en 1995 à la décision de la création de « l’Unione di i Travagliadori Corsi », UTC, qui prépare son assemblée générale constitutive. Celle-ci sera repoussée pour cause d’évènements politiques, un de ses animateurs bastiais V. Dolcerocca étant assassiné durant l’été 1995, victime de la guerre fratricide entre nationalistes, et la mouvance « FLNC Historique-Cuncolta Naziunalista » étant engagée dans un véritable bras de fer contre la politique du gouvernement Juppé. Le nouveau syndicat sera crée le 30 mars 1996. Se positionnant aux côtés du FLNC historique, il se veut un contre-pouvoir de la lutte de libération nationale. Divers contre-pouvoirs ont été ainsi crées par le FLNC Historique  pour tenter de remettre en marche la stratégie « d’Unità Naziunalista » du début des années 1980. Mais depuis la situation a changé et ces structures ne tiendront pas plus de quelques mois.

En attendant, les syndicats eux montent au créneau contre la proposition de zone franche pour la Corse. Le STC demande de véritables mesures pour les salariés. Il demande l’allégement de la fiscalité pour eux et la « corsisation » des emplois. Il poursuit ses démarches de soutien à l’entreprise Corse-Composites. Il s’oppose à l’instauration d’un service minimum dans les transports, jugeant qu’il s’agirait d’une atteinte au droit de grève. Il réclame l’extension de la prime de transport au secteur privé. Il se met en grève à l’AFPA avec la CGT et FO pour obtenir l’indemnité spécifique de résidence. Il occupe durant plusieurs jours le premier étage de la mairie d’Ajaccio, avec la CFDT, pour faire accélérer le dossier de la nouvelle caserne des pompiers et les dossiers d’intégration dans le corps départemental des pompiers. Durant ces mois, le STC poursuit toujours sa campagne de sensibilisation pour arracher sa reconnaissance officielle par l’Etat au même titre que les syndicats traditionnels, ce qui lui permettrait de participer à certaines élections « nationales » et d’être représenté dans certaines instances paritaires.

Le 5 mai 1996, dans la clandestinité, se crée un 3ème  FLNC qui anticipe sur la dissolution du FLNC habituel du 3O janvier 1997. La mouvance MPA-FLNC habituel connaît des dissensions, tandis que se crée le mouvement « Corsica Viva » au plan public. Le « Rialzu Economicu », proche du MPA, connaît lui-aussi une crise après la prise de la CCI de Corse du sud, avec la création de « Cors’Ecunumia », proche de « Corsica Viva ».

« Corsica Nazione » qui a réactivé ses satellites (FTI, UTC…) qui interviennent sur la situation dans les secteurs du tourisme, des transports et du monde du travail, appelle le 24 juillet 1996 ses adhérents à soutenir les mouvements sociaux qui s’annoncent et à se mobiliser sur la base de la plate-forme de la FTI (Fédération des Travailleurs Indépendants) regroupant surtout artisans, commerçants, pêcheurs, agriculteurs, membres des professions libérales… En fait, « Corsica Nazione » concrétise avec la FTI sa vision d’une démarche inter-classiste, notamment avec l’UTC, contrairement aux syndicats de salariés traditionnels, héritiers d’une tradition de la lutte des classes sociales. L’UTC, « Union des travailleurs corses », créée à l’initiative du FLNC historique, comme les autres structures « sociales et politiques », telle la FTI, tente de concurrencer le STC, mais il ne fera pas illusion et au fil des mois, il disparaîtra. Avec l’arrestation de certains de ses responsables pour appartenance et participation au FLNC historique, l’UTC n’existera pas longtemps. Son secrétaire général, arrêté dans une incursion du Raid aura d’ailleurs maille à partir avec ses propres « amis » clandestins qui l’accuseront d’être une « balance » ! Créer de toutes pièces un syndicat demande du temps, des moyens, des cadres. le STC a mis plus de 15 ans pour s’implanter et se stabiliser, et encore bénéficia-t-il jusqu’en 1990 du soutien sans failles de tous les nationalistes. Il est désormais une réalité qui s’impose à tous. La FTI elle, plus en prise avec une réalité socio-économique, saura occuper le terrain de la crise délaissé par « Rialzu Economicu », lequel est empêtré dans ses contacts gouvernementaux,  affaibli avec la scission de « Cors’Econumia » et « notabilisé » après la prise de la Présidence de la Chambre de Commerce de Corse du Sud.

Le FLNC historique va donc amorcer le contre de la politique du gouvernement Juppé. La trêve proclamée lors de la conférence de presse de Tralonca, le 11 janvier 1996, confirmant les contacts avec la droite au pouvoir, est bien finie. Au plan public, ses organisations satellites vont d’abord monter au créneau tandis qu’une politique d’attentats tous azimuts, non revendiqués, va faire croître la pression et créer les conditions de la reprise de l’affrontement avec l’Etat.

En juillet 1996, l’annonce d’un préavis de grève par les marins CGT déclenche le tollé général. Les socioprofessionnels saccagent les locaux de la CGT à Bastia et s’attaquent au bateau l’Esterel. A Propriano, ils occupent le Napoléon.  La Corse, c’est vrai, est prise en otage par la grève que dénoncent la plupart des forces politiques, mais ces débordements sont déplorables.  Des voix s’élèvent pour rappeler les uns et les autres à plus de sérénité.  Quoiqu’il en soit, si les compagnies maritimes sont loin d’être exemptes de reproches, la grève et les blocages à répétition posent de graves problème dans une Ile à l’économie sinistrée.  Dans la presse, les syndicats sont accusés d’irresponsabilité à la veille d’une saison touristique attendue comme un bol d’air par une économie à l’agonie et les blocages de l’Ile qui ne pénalisent que les usagers sont dénoncés. Tout en comprenant les motivations des salariés et la nécessité de défendre leurs droits acquis et le service public, l’opinion en général considère que d’autres formes de lutte doivent être recherchées, (autres que les grèves trop longues, les coupures à EDF, à la poste et les blocages systématiques),  pour ne pas pénaliser les populations, notamment les plus démunies, ce qui renforce l’exclusion et fracture un peu plus le corps social insulaire.

De la même façon, les syndicats de marins  devraient  réfléchir à d’autres moyens de pression sur les directions des deux compagnies maritimes qui desservent la Corse,  la SNCM et la CMN et à d’autres périodes de l’année. Les nationalistes eux rappellent leur revendication d’une compagnie maritime corse gérée à partir de l’Ile.  Les élus de l’Ile pourraient alors avoir leur mot à dire car la SNCM et la CMN ne tiennent pas compte des réalités de la Corse et des suggestions des élus dans l’exercice du service public, alors que leur financement est voté par la Collectivité territoriale.

L’éclatement de la mouvance FLNC-habituel-MPA va provoquer un certain désarroi au sein de la direction du syndicat. Ses responsables s’intéressent dans un premier temps au nouveau mouvement « Corsica Viva », […] Alors que le monde nationaliste n’en finit plus de se déchirer, faisant perdre le moral aux militants, le syndicat va réitérer ses appels à la raison, ayant trop la vague impression de prêcher dans le désert. Cette situation dramatique va l’isoler. Ses responsables ne peuvent plus se prévaloir d’une quelconque lisibilité au sein de l’échiquier politique nationaliste, le MPA est divisé et les relations avec « A Cuncolta Naziunalista » sont inexistantes depuis le congrès de 1991 et la création de l’UTC, -qui a tenté de le concurrencer dans nombre de sections-. Ils vont se trouver quelque peu affaiblis et désemparés.

La fréquentation des locaux du syndicat connaîtra alors une certaine désaffection. Le syndicat se contentant de participer à certains conflits dans les entreprises aux côtés des autres syndicats. Le STC, prenant ses distances de facto avec la mouvance politique nationaliste dans son ensemble, devra se contenter d’expédier les affaires courantes, notamment les dossiers prud’homaux, et de gérer au jour le jour les situations individuelles des salariés dans nombre d’entreprises, poursuivant ses activités au ralenti et sans grand moral. Il participe à des réunions sur la violence politique et le contrôle des fonds publics initiées par la Ligue des droits de l’homme.

En septembre 1996, je rencontre à leur demande trois responsables du STC, E. Santucci, J-L Morucci et J. Rossi et pour débattre de la situation catastrophique du mouvement nationaliste. Le STC souffre de la division des organisations politiques nationalistes. Ses responsables ne peuvent plus être accusés d’être la courroie de transmission d’une quelconque organisation politique (MPA) mais ils ne veulent pas se démarquer du mouvement nationaliste dans son ensemble car le STC n’a pas vocation à être un syndicat traditionnel. Je leur propose de prendre contact avec le syndicat étudiant « Ghjuventù Paolina » et de lancer un appel, après prise de contact informelle avec toutes les organisations  pour une réunion à l’Université de Corté autour de l’idée nationale et des réponses apportées par les organisations. Cette prise de contact, après un travail préparatoire, pourrait s’avérer positive pour poursuivre le débat par la suite et qui sait peut-être réussir à débloquer les relations entre les uns et les autres. Mais la préparation sera mauvaise et prendra trop de temps, la synchronisation avec « Ghjuventù Paolina », mise au courant, ne sera pas à la hauteur. Finalement la réunion de prise de contact aura lieu le 4 Décembre à Corté mais sans réelle perspective. L’ANC, le MPA, l’UPC, Corsica Viva, A Manca Naziunale, A Chjama pà l’independenza, la CSC et même, élément positif, des représentants de « Corsica Nazione » y seront représentés. Mais les débats pataugent et les participants se quittent, après avoir décidé d’une autre réunion, tout en avançant l’idée d’une manifestation sur le thème de la Reconnaissance du Peuple corse. Mais là aussi les choses traîneront, la 2ème réunion aura lieu trop tard et les participants seront contraints de discuter d’un autre ordre du jour.

En attendant, les manifestations pour un statut fiscal et un Posei ne mobilisent guère les salariés qui se sentent peu concernés par les avantages éventuels inhérents à ces dispositifs. De la même façon, qu’ils ne se mobilisent pas plus en  septembre 1996, alors que l’UTC dont l’assemblée générale a été repoussée, suite aux événements, se prononce pour un « Service public corse » et adhère à la « Plate-forme de résistance » des socioprofessionnels. Celle-ci, mise en place par des socioprofessionnels et la mouvance FLNC historique occupe l’Assemblée de Corse, alors que les parlementaires corses sont reçus à Matignon. Les socioprofessionnels réclament des mesures politiques (reconnaissance du peuple corse, corsisation des emplois,..) et économiques (transports, POSEI, statut fiscal..). Cette offensive publique va ensuite laisser place à une montée en puissance des clandestins du FLNC historique qui vont multiplier les attentats en Corse et en France.

  1. B) Une traversée du désert
  2. a) D’autres catégories sociales occupent le terrain

Durant les mois qui suivent, le syndicat va connaître une traversée du désert.  D’autres acteurs sociaux et économiques vont occuper le terrain et s’imposer sur le plan de l’agitation et de la mobilisation.

Au plan social, les autres syndicats, surtout la CGT, ensuite  différentes catégories de socioprofessionnels, puis les étudiants vont tour à tour descendre dans  la rue et occuper le devant de la scène, sur fond de multiplication d’attentats du FLNC Historique.

Les syndicats de la gauche font grève dans la Fonction publique et manifestent « contre le terrorisme et la zone franche » à Ajaccio et Bastia. FO qui veut que les syndicats soient associés aux travaux de la commission parlementaire mise en place pour étudier la situation dans l’île, ne veut pas que le STC y soit associé. Déjà son SG Marc Blondel, reçu par Alain Juppé avait critiqué la place soi-disant accordée au STC.

La CGT réagit en demandant une riposte du monde du travail aux décisions gouvernementales. Elle se montre très active dans le domaine des transports en bloquant les bateaux de la SNCM pour dénoncer des licenciements et en déclenchant une grève de plusieurs semaines dans les Postes pour la création d’emplois, empêchant la distribution du courrier durant plusieurs semaines. Le STC lui occupe la poste à Ajaccio, réclamant la « corsisation » des emplois et un « service public au service de la Corse ».

EDF connaît toujours des perturbations, le bras de fer se poursuit entre la CGT, syndicat majoritaire, et le directeur Régional Renoult, chargé d’imposer les restructurations européennes. La CGT demande son départ. Un commando cagoulé d’une vingtaine de personnes envahit la centrale de Lucciana, provoquant l’intervention des forces de l’ordre. Les « cagoules » dénoncées souvent par les syndicats traditionnels semblent pourtant de plus en plus présentes lors des multiples conflits que connaît EDF. Le conflit se durcit et les actions violentes se multiplient surtout à l’intérieur de l’entreprise. La CGT a une base de plus en plus hétérogène comprenant même des gens de droite et des nationalistes de tous horizons, car le STC a des difficultés d’implantation dans l’entreprise, n’étant pas reconnu à l’échelon national français.

EDF est sous tension permanente, tandis que les grévistes poursuivent leur occupation des lieux. La direction fait évacuer la centrale de Lucciana. La population et les commerçants durcissent le ton à l’encontre des grévistes, s’estimant pris en otages. Les commerçants s’en prennent aux grévistes et des incidents sont à craindre. Ils bloquent la circulation, paralysant Ajaccio. C’est un « mardi noir », l’électricité étant totalement coupée. Les négociations sous haute surveillance policière s’amorcent à EDF avec la médiation de Gilbert Casanova, président de la CCI, chambre de commerce et d’industrie de la Corse du Sud, mais elles piétinent. Le directeur s’estimant menacé, quitte en catimini la CCI au grand dam du médiateur qui parle d’irresponsabilité. Le préfet Erignac reçoit une délégation de syndicalistes outrés. Un autre négociateur, Jean-Pierre Piolat, directeur d’EDF Méditerranée prend la suite. Un rendez-vous est fixé en Corse pour le lundi suivant et une issue sera trouvée.

En décembre 1996, les socioprofessionnels, qui veulent que la zone franche prenne leurs revendications en compte par des amendements, notamment dans les secteurs immobilier, des professions libérales, agricoles et des pêcheurs… occupent le terrain à l’initiative de la « plate-forme de résistance ».  […]. Les pêcheurs bloquent les ports, les transporteurs barrent des routes, malgré les réunions de concertation. Finalement, un accord est signé et le blocage est levé par les pêcheurs.

Quelques semaines plus tard, le monde agricole occupe lui aussi le terrain, à l’initiative d’une « Cellule de crise » qui se met en place à Moriani […] Plusieurs barrages de routes sont organisés. Les agriculteurs occupent l’aéroport de Bastia.

Une concertation s’organise, les barrages sont levés, mais les blocages sont maintenus. Les forces de l’ordre font évacuer les dépôts. Des interpellations ont lieu. Une manifestation des agriculteurs est prévue devant la chambre d’agriculture d’Ajaccio. Les hôteliers rejoignent les autres socioprofessionnels. La crise s’étend. Les agriculteurs sont reçus à l’Assemblée, tandis que les incidents se multiplient sur les barrages ou lors d’occupations. La situation est tendue, d’autant que les attentats se multiplient. Ils seront finalement pour certains reçus au ministère, tandis que la crise est consommée entre les présidents des deux chambres d’agriculture qui n’ont pas la même vision des solutions et de la stratégie à suivre envers les pouvoirs publics.

Au plan politique, peu à peu, le vide des « pseudo-négociations » entre le gouvernement et le FLNC Historique, qui prévoyaient que la Corse deviendrait à terme une Collectivité d’Outre-mer, s’est révélé. Le FLNC Historique a été contraint de hausser le ton face au gouvernement.

[…] Durant ce temps le STC interpelle tous les mouvements politiques, syndicaux et associatifs afin de promouvoir la mise en place d’un « Collectif pour une compagnie régionale maritime ». Le débat sur les transports, après réception du rapport Andersen, se poursuit à l’Office des transports. Le STC défend l’idée d’une compagnie régionale, avec le soutien des élus nationalistes de toutes tendances, mais la CGT est majoritaire à la SNCM et elle ne veut pas en entendre parler. Le PDG de la compagnie la rencontre pour parler d’un contrat estival voté par l’Assemblée de Corse. Les syndicats craignent des licenciements, car les comptes de la société sont déficitaires. La CGT veut des garanties au plan social. Elle lance un préavis de grève, auquel s’associe le STC. Le spectre du blocage, en début de saison estivale inquiète. Le PDG de la SNCM assure qu’il n’y a pas de plan de licenciement prévu. La poste connaît un nouveau conflit. Les lettres ne sont plus distribuées, le centre de distribution est saccagé. les syndicats critiquent le dicktat de leur direction. Des incidents éclatent à le Direction du Travail. Le directeur est malmené. Le conflit s’enlise, provoquant la colère des socioprofessionnels. Les discussions reprennent. Le STC, la CGT et l’UTC obtiennent gain de cause à Géant Casino d’Ajaccio après plusieurs jours de grève pour des augmentations de salaires et l’obtention d’une prime de Noël. Un conflit se développe au Codis de Corse du sud. Les forces de l’ordre expulsent les pompiers STC et CFDT qui occupent les lieux et retiennent en otage le président du SDIS, Toussaint Luciani. Ils bloquent le cours Napoléon. A Bastia, l’occupation des locaux du District se poursuit.

A Ghisonaccia, pour la 1ère  fois, deux hommes armés attaquent un convoyeur de « Bastià-Sécurità », le blessant et lui volant une forte somme d’argent à un distributeur. L’UTC monte au créneau et menace : « Bastia-Sécurità n’est pas une entreprise traditionnelle ! ».

Les 21-22 juin 1997, le STC tient son 5ème congrès à Bastia, il annonce le développement de son action sur le terrain et réaffirme son encrage dans la lutte du Peuple Corse pour la Reconnaissance de ses Droits.  Le congrès est placé sous le signe de « l’affirmation du rôle déterminant du syndicat dans la définition et l’orientation du combat du peuple corse pour sa souveraineté ». C’est ainsi que ce congrès va se dérouler pour la première fois dans une apparente tranquillité cachant mal le désenchantement, voire le  désarroi des adhérents et militants du syndicat. Même si depuis quelques mois, le syndicat enregistre une lente reprise des adhésions après plusieurs mois de stagnation, les responsables travaillent désormais un peu au jour le jour, ne pouvant plus comme beaucoup d’observateurs s’appuyer sur une stratégie d’ensemble du mouvement nationaliste dont les repères sont trop fluctuants du fait des multiples scissions et recompositions, sans oublier les drames. Le syndicat s’en est progressivement déconnecté du fait de cette évolution catastrophique. C’est ainsi qu’après un attentat qui a visé les locaux de l’INSEE, alors que la section STC était en conflit avec sa direction et avait occupé les lieux, le syndicat s’est s’élevé contre cette intrusion dans un conflit syndical et a condamné. Il en a été  de même après un attentat, toujours après un conflit social en son sein, contre le complexe Marina Viva à Purticchju. Dans les mois qui suivront, les sections prendront progressivement l’habitude de condamner les attentats qui visent les administrations ou les entreprises où ces sections du syndicat sont implantées. Cette posture du STC par rapport à la violence politique, bien que nouvelle, sera de facto admise, sous couvert d’autonomie des sections, sans pour autant qu’elle donne lieu à des débats au sein des instances du syndicat. Ce débat sur la violence politique et la clandestinité est occulté, le congrès de 1997 ne l’abordant même pas. Une motion d’orientation consensuelle de par ses signataires est votée. E. Santucci est réélu pour un 2ème mandat au poste de secrétaire général.

Ainsi le STC, créé par le FLNC en 1984, donc issu de la stratégie de la lutte de libération nationale, se contente désormais de condamner de façon lapidaire les attentats sans pour autant que l’on puisse retrouver trace d’un débat de fond sur l’action armée clandestine et la violence politique au sein de ce syndicat, si l’on s’en réfère au contenu des motions d’orientation votées lors de ses congrès ou de ses Conseils nationaux.

Le STC abandonne ainsi, sans que cela suscite de débats enflammés ou de troubles particuliers au sein du syndicat, tant les militants sont désabusés devant la tournure prise par les différents mouvements clandestins, un des principes fondateurs des contre-pouvoirs, a savoir la solidarité « inconditionnelle » avec les actions de la clandestinité et la violence politique. Mais comment faire autrement désormais, surtout  lorsque l’on voit les différentes organisations clandestines agir selon leurs propres objectifs, sans tenir compte de l’ensemble des structures publiques et syndicales et sans se préoccuper de la stratégie, des analyses et prises de position de celles-ci.

Durant l’été 1997 le calme syndical règne. En septembre, suite à un attentat contre un local « point écoute jeunes » mis en place par la DDASS, alors que les associations locales de lutte contre la toxicomanie n’ont pas été consultées, le syndicat s’interroge sur le recrutement et les moyens financiers, dont les subventions publiques de l’association initiatrice du projet.

Les semaines qui suivent voient l’émergence d’un problème important sur les moyens financiers, matériels et humains dévolus au secteur de la Santé publique dans l’île, qui perdurera durant plusieurs mois et connaîtra de nombreux conflits et mobilisations diverses. Fin octobre, le STC s’inquiète de la situation à l’hôpital d’Ajaccio. Il rencontre le directeur de l’Agence régionale à l’hospitalisation. Le déficit important laisse prévoir des problèmes pour les emplois, une fusion serait même envisagée avec l’hôpital de Castellucciu.

Mais le front social n’est guère animé. Le syndicat prépare sa participation aux les élections prud’homales du début décembre 1997, avec l’objectif d’être le premier syndicat de Corse. Mais la campagne n’est guère soutenue par le mouvement nationaliste dans son ensemble, préoccupé par d’autres problèmes, et le résultat escompté ne sera pas atteint. Le STC obtient 5 sièges en Haute-Corse et huit en Corse du sud  où il est le premier au nombre de voix. Il garde ses positions, gagnant un siège. Mais la CGT reste le premier syndicat. La CFDT progresse un peu, FO s’effondre.

Les élections prud’homales passées, une certaine agitation sociale se développe en fin d’année pour reprendre après les vacances de Noël. Fin décembre 1997, l’agence EDF de Bastia est occupée par la CGT. Deux responsables sont enfermés dans l’entreprise, après l’échec des négociations, sur le remplacement de deux employés malades. Les CRS les délogent. Tous les centres d’EDF de Haute-Corse sont bloqués. Les trois syndicalistes CGT, poursuivis pour des incidents lors du conflit de la poste en juin sont traduits devant le tribunal correctionnel. Des peines de prison avec sursis  sont requises.

FR3 se met en grève, comme au plan national. Les syndicats réclament le recrutement de quinze emplois et une modification de la grille des programmes.

Le STC, en grève à l’AFPA, obtient le recrutement de trois emplois. Il dénonce une poste à deux vitesses avec désengagement progressif du service public dans le rural. Il relance la revendication de la « corsisation » des emplois, avec priorité d’embauche locale à compétences égales. Il occupe la DDE à Ajaccio. Pour le syndicat, la DDE, les postes et les télécoms sont les administrations où la « décorsisation » est scandaleuse. Il demande des concours et des recrutements strictement locaux à l’interne, avec la priorité pour les Corses qui demandent à rentrer dans l’île. Le syndicat CGT parle de mot d’ordre xénophobe et de fausse solution. Les chômeurs manifestent sous l’égide de la CGT, dénonçant le drame de l’exclusion qui se développe dans l’île.

Les agriculteurs, réunis au sein d’un Comité de défense »  vont se mobiliser, […]  L’Université connaît quelques remous suite à plusieurs attentats et provocations. Les transports sont en débat suite aux conclusions du rapport Pagès.

Mais le feu couve sous la cendre, et alors qu’en fin d’année les élections territoriales de mars suscitent de nombreuses discussions au sein du mouvement nationaliste, quelque chose de grave se trame. Les organisations satellites de « Corsica Nazione » appellent à voter la liste pour les élections territoriales de mars 1998. Tour à tour la FTI, u « Sindicatu di a Furesta », l’UTC, relancée pour l’occasion alors qu’elle a cessé de fonctionner, appellent à soutenir et à voter pour la liste conduite par Jean-Guy Talamoni, faisant fi de toute notion d’indépendance syndicale. Cette liste nationaliste sera la seule à avoir des élus en mars.            

  1. b) Les « foudres » de Bonnet

La Droite a perdu les élections législatives en mai 1997, après la dissolution du Parlement par Jacques Chirac. Alain Juppé a cédé la place. Lionel Jospin est nommé 1er  ministre et Jean-Pierre Chevènement a remplacé Jean-Louis Debré au ministère de l’Intérieur, dans le cadre d’une nouvelle cohabitation, Jacques Chirac étant Président de la République. […] Le FLNC Historique décrète une trêve le 15 juin 1997.

[…] Le 13 février 1998, le préfet Bernard Bonnet est officiellement installé par Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur. Durant plusieurs mois, il va appliquer dans l’île une politique de répression et de provocation à l’encontre des nationalistes, mais aussi très vite de l’ensemble des Corses, sous couvert d’une « politique d’Etat de Droit ». Sa stratégie de pro-consul va l’emporter dans une politique de fuite en avant.

Sur le terrain social, depuis janvier 1998 le conflit de la santé  mobilise à nouveau les syndicats et va connaître de nombreux épisodes. Empêchant la réunion des directeurs d’hôpitaux à Corté, le STC a occupé l’hôpital de la ville pour demander plus de moyens en matière de santé, puis la DRASS à Ajaccio, alors qu’en Balagne le débat sur le manques d’infrastructures hospitalières rebondit. Le syndicat  a occupé la Sécurité sociale pour dénoncer l’insuffisance de l’enveloppe budgétaire octroyée à la Corse en matière de santé. Il durcit le ton, bloquant le navire  « Ile de beauté », demandant l’augmentation de ce budget.

Alors que l’opinion publique est sonnée et que les contrôles, les enquêtes sur les pratiques de différentes administrations, les perquisitions et les arrestations se multiplient, ça bouge toujours sur le front social. La CFDT, qui occupe l’Agence régionale d’hospitalisation à Ajaccio en mars, obtient satisfaction sur le maintien et la politique des emplois à l’hôpital d’Ajaccio. Le conflit de la Santé se durcit dans l’île. Le STC occupe l’hôpital pour demander une augmentation de la dotation budgétaire pour la Corse.

Le 5 mars 1998, une journée d’action a lieu à Ajaccio, le STC se rassemble devant la préfecture tandis qu’une manifestation des autres syndicats le rejoint. Une délégation est reçue par la préfecture à Bastia. L’intersyndicale manifeste devant la DDASS mais c’est le statu quo. Les douaniers CGT, appelés à épauler les forces de police et de gendarmerie lors des contrôles qui se multiplient, refusent cette collaboration, contraire à leurs missions traditionnelles.

Le STC annonce un préavis de grève à la SNCM. Il demande la « corsisation » des emplois dans une entreprise qui vit de ses activités avec la Corse, accusant la SNCM de privilégier la CGT dans ses négociations. Il retarde le départ du  navire Danielle Casanova de la SNCM, pour peser sur la commission d’avancement, qui doit reclasser près de soixante-dix marins. Il dénonce la non prise en compte de sa représentativité au sein de cette commission qui favorise, selon lui, l’hégémonie de la CGT. J. Péraldi, Président du « Rialzu Economicu » est auditionné par la police. Le syndicat lance un « solennel avertissement » aux services fiscaux et sociaux à l’heure où se multiplient les contrôles dans les entreprises et les commerces. Les syndicats des impôts estiment que la lutte contre le blanchiment d’argent ne doit pas être assimilée à la lutte contre la fraude fiscale, elle nécessite d’autres moyens. En Corse, affirment ces syndicats, « il n’y a pas de consigne particulière de taper sur les entreprises », contrairement à ce que dit « Rialzu Economicu ». Pour les syndicats, certains dérapages verbaux encouragent la violence contre leurs administrations, qui ont plutôt besoin de moyens supplémentaires pour faire leur travail. Les syndicats demandent une collaboration plus forte entre le fisc et la brigade financière. Pour ce qui est du non-paiement de la TVA, (40 % en 1999), les syndicats affirment que son taux n’a cessé de diminuer, contrairement aux affirmations d’une certaine presse française.

La CGT de Haute-Corse s’indigne de la mise en examen de six agents qui avaient occupé le centre EDF à Bastia avant d’être expulsés par la police. A Ajaccio, le tribunal des référés donne raison aux salariés CGT qui sont en conflit depuis une semaine à la Compagnie des eaux.

Le STC, dont une délégation est reçue le 16 mars 1998 au ministère de la Santé, accentue sa pression pour arracher des moyens plus importants pour la santé en Corse. Le syndicat bloque plusieurs points stratégiques, dont le dépôt pétrolier du Vazzio, l’aéroport et le débarquement du méthanier alimentant la ville en gaz. La rencontre à Paris étant jugée positive pour une première prise de contact, les blocages sont levés.

N’ayant pas retrouvé mes fonctions à l’identique à l’AFPA, j’entame un conflit de quarante-trois jours de grève, avec le soutien du STC. Les sites de Corté et d’Ajaccio de l’AFPA sont occupés, ce qui entraînera notre expulsion par les forces de l’ordre et diverses occupations. L’affaire sera instruite par les prud’hommes d’Ajaccio où je dépose un recours. Elle ne connaîtra son règlement peu satisfaisant, que de nombreux mois plus tard, bien après la reprise forcée du travail par les salariés. Mais avec l’Affaire Erignac et la politique de Bernard Bonnet, l’heure n’est pas aux cadeaux  pour le STC et les nationalistes !

Le conflit de la santé s’amplifiant dans l’île, le directeur de l’Agence régionale de l’hospitalisation, Pierre Cardona est le 1er  haut fonctionnaire destitué dans l’île. Il est muté Outre-mer, pour avoir mal apprécié les réels besoins budgétaires de l’île en matière de santé. Mais les syndicats craignent, avec la nomination provisoire de Christian Dutreil, super-préfet de la Santé, directeur de l’Agence de la région Provence-Côte-d’Azur-Corse, que l’île ne soit mise sous tutelle, et ne soit à nouveau rattachée à la PACA… et ce d’autant que les revendications des syndicats ne sont pas satisfaites.

En avril 1998, le STC interpelle Christian Dutreil, le remplaçant de Pierre Cardona à l’Agence de la Santé, sur la dotation budgétaire de l’île, dans le domaine de la santé. Celui-ci, après une journée de déplacement dans l’île est immédiatement reparti sur la Côte d’Azur. Le syndicat occupe la DRASS à Ajaccio pour sensibiliser l’opinion sur l’insuffisance de la dotation budgétaire, en matière de santé pour l’île. La police expulse les occupants. Le STC se réunit pour étudier une riposte dans les jours qui suivent. Il continue son action. Cela fait maintenant deux mois que la section de l’hôpital d’Ajaccio occupe les lieux. Le STC durcit en occupant les services administratifs. Deux incendies visent ses locaux à Ajaccio. Cette atteinte à l’action syndicale est unanimement condamnée.

Un nouveau conflit bloque le fonctionnement des centrales hydro-électriques à EDF. La CGT, après un préavis de grève, s’oppose à la suppression de cinq postes à Aspretto. La direction d’EDF dénonce les sabotages et pressions, notamment celles dont a été victime un cadre par des hommes cagoulés. Finalement la situation, un instant bloquée, se calmera et on n’entendra plus parler du conflit.

En mai 1998, le délégué CGT aux impôts dresse un constat amer de la politique fiscale insulaire et de ses dérives. Il estime que l’on peut améliorer le travail en donnant plus de moyens aux agents des finances dans l’île. Pour lui, l’état de droit doit être un état de droit social, sans privilèges pour aucune catégorie de contribuables. Il faut mettre fin, selon lui, à « l’apartheid fiscal » entre certaines professions indépendantes et les salariés, car la fiscalité dérogatoire a profité à une minorité.

Inquiets pour leur avenir, les salariés de la compagnie Someca, réclamant leur reclassement, bloquent les deux navires de transports de ciment et se mettent en grève illimitée à l’appel de la CGT. Ils occupent la direction de la SNCM à Bastia. La balle est dans le camp de l’Assemblée qui gère le dossier du service public des transports Les marins CGT et STC menacent, encore une fois, de bloquer les ports en soutien au conflit de la Someca. A Propriano, un bateau qui transporte du ciment venu de Sardaigne est immobilisé. Le syndicat des négociants se déclare favorable au transport du ciment en vrac, grâce aux économies réalisées, avec la suppression de la concession à la Someca. Les marins bloquent un nouveau navire, le « Paglia-Orba » de la SNCM. Après des négociations, ils obtiennent le reclassement de huit des quatorze marins à la SNCM. La CGT demande un audit sur le transport du ciment.

Le STC bloque les parkings souterrains de Bastia. Les employés demandent la mise en parité de leur statut avec celui des autres employés de la société gestionnaire hors de Corse. Les négociations piétinent et le conflit durera plusieurs semaines.

Le conflit de la santé n’est pas terminé. Les personnels des Affaires sociales, qui sont inquiets des retombées de la fusion annoncée, au plan de l’emploi, sont en grève à Ajaccio. Ils interpellent le ministère de l’emploi et de la solidarité sur leur avenir. Le STC révèle que des policiers (accompagnés par le directeur régional de l’action sanitaire et sociale) ont perquisitionné à l’hôpital d’Ajaccio et emporté divers documents. Le STC et la CFDT s’interrogent sur les motifs et les buts de l’opération.

Les personnels STC-CGT-FO de l’hôpital de Bastia se mobilisent et appellent à manifester le 17 juin 1998, pour sauver l’hôpital et les emplois. La dotation budgétaire octroyée est en deçà des besoins. Une lettre ouverte est adressée aux élus pour qu’ils réagissent. Les syndicats demandent à la population et aux élus de les rejoindre dans la défense de leur hôpital. Estimant que l’Agence régionale de l’hospitalisation a en partie, répondu à leurs revendications, notamment en ce qui concerne le maintien de l’hôpital, les personnels hospitaliers arrêtent leur grève. Un directeur régional intérimaire sera nommé dans les prochains jours.

Les employés de l’hôpital de Castellucciu manifestent  à Ajaccio, après avoir entamé une grève. A Bastia, 2000 personnes se mobilisent pour la survie de Falcunaja. Les deux rassemblements exigent des moyens pour un Service public de la santé de qualité. Après des négociations très longues entre les syndicats et  la direction de l’hôpital de Bastia  une convention est signée prévoyant le gel de la restructuration et la titularisation de salariés sur plusieurs années. A Castellucciu, les personnels réunis en assemblée générale suspendent leur mouvement, estimant leurs revendications internes et les moyens satisfaites. Ils déclarent vouloir s’opposer au démantèlement de leur outil de travail et du service public de la santé.

La SNCM présente son projet d’entreprise devant son comité. La compagnie veut renforcer son implication dans la vie économique de l’île. Elle ne parle plus de société d’économie mixte. Elle doit décider de l’achat d’un 3ème navire à grande vitesse, plus grand et plus fiable. L’Assemblée de Corse et l’Office des transports sont hors jeu, malgré leurs compétences en matière de transports, et l’on ne parle pas de transfert du siège social dans l’île. On ne parle plus, heureusement, de Plan social. Les élus du Comité d’entreprise de la SNCM majoritairement CGT, quant à la représentation des salariés, se déclarent défavorables au projet d’entreprise de la compagnie.

En juillet 1998, le STC a obtenu sa reconnaissance, contestée jusqu’alors au sein d’EDF, fief des grandes centrales syndicales françaises et de la CGT. Sa section va pouvoir se développer dans les mois qui suivront. Il enregistrera même l’adhésion de militants de la CGT. Par ailleurs, le syndicat commence aussi à enregistrer l’adhésion d’anciens adhérents proches de l’UTC, qui n’existe plus de fait, ou de a « Cuncolta Naziunalista ». Cette tendance va se développer avec les déboires de la société Bastia-Securità, qui avait créée une des premières sections de l’UTC. Le STC dénonce à son tour les attaques du rapport Glavany contre la Fonction publique. Les fonctionnaires insulaires apparaissent suspects et les solutions préconisées avec la venue de fonctionnaires non-corses suscitent le tollé des nationalistes, qui parlent de politique programmée de « décorsisation » de l’administration. Les nationalistes subissent la politique de Bernard Bonnet qui intervient partout et sur n’importe quel prétexte, créant de nombreux problèmes dans les entreprises et le monde du travail, indisposant aussi les salariés. Beaucoup se tournent vers le syndicat, car les autres syndicats ne sont pas trop critiques envers cette politique anti-corse, à l’exemple de leurs réactions après la publication du Rapport Glavany qui cloue les Corses au pilori, globalisant et généralisant certaines pratiques individuelles condamnables pour en faire endosser la responsabilité aux Corses.

En Octobre 1998, les locaux de Bastia-Securità et de sa succursale Securicorsa sont perquisitionnés à Ajaccio, Bastia, Porto-Vecchio. […]  mais l’action syndicale continue.  […] Les employés dénoncent cette politique de liquidation de l’entreprise. Les manifestations vont se succéder, y compris à l’encontre d’employés de sociétés de transports de fonds, que le préfet  va réquisitionner hors de Corse. Les forces de l’ordre devront protéger leur travail.

Le STC dépose un préavis de grève à la SNCM pour obtenir des négociations sur l’aménagement du temps des délégations. Le STC veut un permanent. L’Office des transports refuse d’être médiateur. Les navires sont bloqués à quai par le STC, qui obtient satisfaction avec l’obtention d’un ¾ permanent syndical. Un protocole d’accord est signé au bout de deux jours. A l’appel de le CGT et du STC, des grèves et des occupations ont lieu dans les divers services de France-télécoms, craignant pour la disparition de trois cents emplois. Le STC occupe les Télécoms à Ajaccio pour protester contre le système d’avancement, au sein de l’entreprise, et rappeler leur revendication de la « corsisation » des emplois. Le conflit durera plus de cinq semaines, sous l’égide de l’intersyndicale CGT-STC, et une motion sera déposée à l’Assemblée. Les syndicats se déclareront satisfaits quant aux emplois créés et au paiement des jours de grève. Mais les usagers auront montré leur mécontentement. A Bastia, les cantines scolaires sont bloquées par les employés durant seize jours, demandant leur intégration au personnel municipal, imposant le principe de cette intégration à la municipalité. Alors que les syndicats étudiants organisent une journée « Università morta »,  et appellent à manifester le 2 décembre 1998 à Corté pour la défense de l’Université. Des heurts se produiront avec les forces de l’ordre. Trois militants du STC sont placés en garde à vue à Ajaccio. Le STC dénonce la provocation, obtenant leur libération.

Durant ces mois, la Corse subit la politique de Bernard Bonnet. Mais pour beaucoup, il en fait trop, son assurance confine à la morgue. Il semble vouloir s’occuper de tout, régenter trop de choses. Il apparaît trop sûr de lui et cela tôt ou tard le conduira à la faute. Il se complait trop dans son rôle de « gouverneur aux pleins pouvoirs », de « pro-consul », supportant mal la contestation de sa politique et les difficultés d’application de la loi républicaine. Il accepte difficilement le décalage qui existe entre « la théorie de la politique du  retour à l’état de droit », et sa mise en pratique face aux blocages très forts, aux résistances mais aussi aux habitudes prises, qui font la réalité de la Corse d’aujourd’hui.

Cette période va constituer la fin de l’état de grâce pour Bernard Bonnet, et provoquer sa chute à terme. Les incidents qui vont survenir à la DRASS et le conflit avec le STC vont confirmer le début de retournement de la situation.

La direction de la DRASS ne veut pas que le STC soit présent, lors des élections en son sein. Elle veut, sans doute, faire payer au syndicat son dynamisme dans la campagne pour une revalorisation budgétaire du secteur santé dans l’île. Le STC a été en effet, très actif sur le terrain. La DRASS s’abrite pour cela derrière une décision judiciaire et une argumentation juridique contestée par le syndicat, lequel s’appuie sur le fait qu’il s’est déjà présenté à des élections dans la Fonction publique.

Le  19 novembre 1998, jour des élections, le STC qui n’est pas admis, intervient dans le bureau de vote. Des incidents opposent le secrétaire général du syndicat, E. Santucci au directeur et à ses « gardes du corps ». L’urne est bousculée. Les forces de l’ordre interviennent. Le STC se retire. Le secrétaire général, se rend au commissariat avec deux militants, pour porter plainte pour coups et blessures. Ils sont placés en garde à vue, au grand étonnement du syndicat. Le secrétaire général est placé sous mandat de dépôt par le juge, en attendant sa comparution devant le tribunal le jeudi 26 novembre. Le préfet  Bonnet s’est rendu en personne à la DRASS et a porté plainte contre E. Santucci pour coups et blessures contre le directeur de la DRASS. De l’avis général, le préfet  en fait trop visiblement sur cette affaire, au lieu de laisser la direction de la DRASS la régler seule. Il monte au créneau contre un syndicat qui est le deuxième syndicat de l’île. Il veut trop être toujours en première ligne. Il va tôt ou tard vers la catastrophe, accumulant les fautes d’appréciation et ne parvenant pas à prendre la juste mesure de la situation.

Le STC réagit. Les soutiens affluent, y compris ceux des syndicats traditionnels, et l’ensemble des mouvements nationalistes se mobilisent autour du syndicat. Le STC enclenche une action de protestation, appelée à se développer jusqu’au jour de sa comparution, devant le tribunal de grande instance d’Ajaccio. Une paralysie importante de la Corse s’annonce, à la suite de l’appel à la grève lancé par le syndicat. Des perturbations sont enregistrées dans tous les services publics  et privés, y compris les dessertes maritimes et aériennes, ainsi que les dépôts de carburants des deux départements. Le STC annonce la grève générale. Le préfet  demande alors à l’armée d’empêcher les blocages des ports et aéroports. Mais son interventionnisme trop agressif dans cette affaire, va renforcer la mobilisation. Le syndicat appelle à une manifestation le samedi 28 novembre. E. Santucci est mis en prison dans l’attente de son procès fixé une semaine après. Le jeudi 26 novembre 1998, il est condamné à huit mois de prison dont six avec sursis. José Rossi ouvre un espace de dialogue à l’Assemblée, pour décrisper une situation tendue. Le STC est reçu à l’Assemblée, et une motion, déposée par le groupe « Corsica Nazione » lui apportant son soutien ainsi qu’à Etienne Santucci, est adoptée. Malgré certaines oppositions à gauche, l’Assemblée renouvelle sa demande de reconnaissance du STC, pour laquelle José Rossi avait déjà déposé une proposition de loi à l’assemblée Nationale en 1996. Nicolas Alfonsi, radical de gauche, reviendra sur son vote. Pour lui, son amendement demandant de « renoncer à la violence comme moyen de revendication dans les rapports de la vie sociale », aurait dû être voté à l’unanimité. Il critique la majorité de droite qui ne l’a pas suivi.

En novembre 1994, le Préfet  Jean-Paul Froin avait, lui aussi établi un rapport en ce sens pour le ministère de l’Intérieur, s’appuyant sur les résultats obtenus par le STC aux élections professionnelles dans la Fonction publique. Le « Conseil économique, social et culturel » demande la libération d’E. Santucci. Les syndicats traditionnels eux-aussi, qui s’inquiètent de la situation, mais l’unité d’action syndicale ne se fera pas.

Le samedi 28 novembre, la manifestation à l’appel du STC, est un grand succès. Le mouvement nationaliste, qui a appelé au soutien et à la manifestation toutes tendances confondues, et qui a souffert depuis des mois de l’omniprésence de la politique répressive du préfet Bonnet et de Jean-Pierre Chevènement puis de son successeur après son accident médical, se retrouve uni dans la rue pour la première fois depuis longtemps. Tous les nationalistes sont présents. Cela rappelle les grandes mobilisations des années 1980. Les nationalistes apportent la preuve que dans l’union, ils sont toujours aussi nombreux, après des mois de silence et d’étouffement lié à l’émotion suscitée par l’assassinat du préfet  Erignac. Après avoir écrit au 1er ministre Lionel Jospin, réitérant ses principales revendications, dont celle de sa reconnaissance, le STC lève ses mots d’ordre de grève lancés durant ces évènements.

Le directeur de la DRASS est muté. Deux militants du STC Bastia sont convoqués devant le tribunal, suite au vol de l’urne à Bastia, le jour du vote aux élections professionnelles de la DRASS. Un militant STC de la DRASS est suspendu à Ajaccio, d’autres membres du syndicat, (dix !), subiront le même sort toujours à la DRASS d’Ajaccio. Les sanctions seront levées, à une exception près. A la suite des incidents, six fonctionnaires, membres du STC seront suspendus de leurs fonctions puis réintégrés. Le tribunal administratif annulera la décision après délibéré, sauf pour Dominique Carlotti, muté à Lyon puis radié. Les syndicats de la DRASS et la LDH le soutiennent, demandant sa réintégration, et un comité de soutien sera crée. Une motion sera votée à l’Assemblée de Corse, mais le jugement du Conseil d’Etat confirmera sa radiation et la perte de ses droits. Etienne Santucci obtiendra en décembre un régime de semi-liberté. Il rentrera tous les soirs dormir en prison.

Avec ces évènements, le syndicat  « reprend langue » avec l’ensemble des mouvements nationalistes, leur permettant de se retrouver  après des années de « guerre fratricide ». Il s’impose désormais comme incontournable au sein de la mouvance nationaliste, tout en affirmant avec force « son indépendance » de fait vis à vis de quiconque. Les adhésions de salariés des différentes tendances nationalistes vont continuer, l’idée étant désormais acquise que toutes les tendances nationalistes peuvent coexister dans les structures du syndicat. Le STC peut réaffirmer qu’il appartient à tous les salariés quel que soit leur engagement politique nationaliste, qu’il se situe toujours dans l’ensemble de la mouvance nationaliste et qu’il entend le rester.

Chap 3 : L’affirmation

  1. A) Un contexte politique et social débridé      
  2. a) Un climat social qui se dégrade
  3. b) Le social, grand oublié du Processus de Matignon ?
  4. B) Les syndicats s’imposent dans les discussions de Matignon
  5. a) L’ostracisme des autres syndicats

Alors que les autres mouvements clandestins ont prolongé leur trêve en soutien au processus,  « Armata Corsa » elle, n’a pas décrété de trêve. Elle poursuit sa « guérilla », […]

Les personnels ATOS se mettent en grève. Les syndicats, reçus par le Recteur, demandent que la mobilisation s’amplifie. Le conflit se durcira après trois semaines de grève et d’occupations. Les forces de l’ordre évacueront les manifestants bloquant le Rectorat. L’Inspection académique de Bastia elle, restera occupée. Un accord sera trouvé le 18 mai 2000.

A Ajaccio, rien ne va plus dans la maison de retraite « le Ciste ». Les employés dénoncent la vente de cette institution à un privé. « Il y aura de nombreux licenciements », explique la CGT. Le personnel occupe les locaux, tout en continuant le travail. Le conflit perdurera.

Depuis le 17 mai,  un autre conflit agite la Poste à Corté, en matière de réduction du temps de travail et d’emplois. La direction veut faire expulser les occupants. Les grévistes manifestent et sont reçus à la sous-préfecture.  Un accord sera trouvé après 24 jours de conflit.

Dans le cadre d’une mobilisation contre le plan de soins infirmiers, des manifestations ont lieu à Ajaccio et Bastia, dénonçant le projet gouvernemental qui remet en cause cette profession. En Corse, l’isolement des villages, et une population âgée rendent une telle profession vitale.

Les principaux responsables de la CGT évoquent l’avenir énergétique de la Corse. C’est un élément essentiel du développement, qui devrait, à ce titre, entrer dans le débat de Matignon. Hostiles au câble Italie-Corse (ICO) destiné à fournir de l’énergie nucléaire à la Sardaigne, ils préfèrent l’installation d’un gazoduc transportant du gaz naturel en complément de la production hydroélectrique corse. Ils ont le soutien des syndicats sardes.

En mai 2000, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, venu soutenir les luttes syndicales, (cheminots, marins), est en Corse pour deux jours. Il anime un meeting à Bastia, mettant l’accent sur la défense du service public, -notamment en matière de transports maritimes dans une période cruciale pour l’avenir de la SNCM-, et la défense de l’emploi. Sa visite est placée sous le signe syndical, mais au vu de la situation actuelle de l’île, elle s’inscrit dans une actualité politique qu’il doit prendre en compte. Il rencontre adhérents et militants, et même José Rossi, Président de l’Assemblée de Corse. Mis à l’écart dans la préparation de Matignon, le monde syndical entend peser de tout son poids, au plan social, et avoir son mot à dire sur les transformations de la société corse. « La question institutionnelle ne soit pas déconnectée de celle du développement ». C’est lui qui apporte la nouvelle ! Les syndicats seront eux aussi reçus à Matignon. Ils vont donc être conviés aux discussions à Paris pour faire des propositions quant à la situation sociale de l’île et aux solutions à y apporter.

Pour la CGT, les positions fiscales défendues à Matignon par les élus vont encore permettre à une minorité de privilégiés de profiter de mesures discriminatoires sur le dos de la majorité de la population. En attendant, ceux qui ont affaire au fisc, du fait de la forte hausse des impôts locaux ou autres, ceux qui possèdent quelques petits biens indivis, surtout dans nos villages, sont loin d’être majoritairement privilégiés et lorsqu’on ne bénéficie d’aucune aide ou « protection » clanique, le couperet du fisc ne fait pas de différence, même en cas de difficultés financières ou de santé. L’exemple de ses pratiques durant la longue grève de la Poste à Ajaccio en fin d’année 1999, est éloquent. C’était pourtant une autre administration qui était en grève… qu’à cela ne tienne, les contribuables devaient se débrouiller et se déplacer, même âgés, en mauvaise santé ou habitant loin dans des villages.

Les 24-25 juin 2000, au 6ème congrès du STC à Ajaccio, même si les organisations politiques ont toutes marqué leur soutien total au syndicat depuis plusieurs mois, et notamment lors des événements de la DDASS en novembre 1998, aucune n’a été invitée. Le STC réaffirme son encrage nationaliste, mais ce congrès marque de facto la mise en pratique de la notion d’indépendance syndicale vis à vis d’une quelconque organisation nationaliste. Les derniers évènements ont permis au syndicat de s’imposer à nouveau sur l’échiquier syndical et social mais aussi au plan politique par rapport à l’ensemble des mouvements nationalistes, après une traversée de désert inhérente aux dérives de l’ensemble de la mouvance nationaliste et aux nombreux clivages internes qui s’en sont suivis. D’ailleurs les statuts insistent sur l’incompatibilité entre certaines responsabilités syndicales et les fonctions d’élu ou de responsable au sein d’organisations politiques. Désormais, les responsables du syndicat peuvent être satisfaits, ils ont réussi à préserver et à développer un outil indispensable aux travailleurs et au peuple corse. Dans les mois qui suivent, son audience va grandir et les adhésions  vont se multiplier, le STC retrouvant une croissance d’effectifs régulière.

Le congrès se tient en présence de délégations de syndicalistes basques, occitans et sardes. Les motions sont majoritairement votées et Jackie Rossi, l’un des fondateurs du syndicat succède à E. Santucci au poste de Secrétaire national.

Durant ce temps, le problème des Transports occupe toujours la une. Alors qu’il s’apprête a lever l’ancre avec huit cents passagers à bord, le « Sardinia Regina » de la « Corsica Ferries », est bloqué dans le port de Nice par les marins CGT. Ils bloquent le départ et les arrivées des ferries jusqu’à ce que les forces de l’ordre libèrent le port. L’inquiétude grandit à la veille de la saison estivale 2000. José Rossi prend contact avec les grévistes pour tenter de débloquer la situation. La « Corsica Ferries », cible des marins CGT proteste. Pendant ce temps, les discussions et la grève continuent. Une décrispation se concrétise par la mise en place d’un service minimum. La population elle, est toujours otage. A l’unanimité, la commission du développement et des transports, dans une motion tendant à l’apaisement, demande que le débat des 25 et 26 mai 2000 ne soit pas suivi d’un vote et décide le report de la décision en octobre. Les élus répondent ainsi à une demande de la CGT des marins, qui arrête le blocus des ports, avant l’arrivée des forces de police.

Ce report du vote n’est qu’une reculade « pour sauver la saison », car le problème sera toujours là. Jean Baggioni, président de l’Exécutif de l’assemblée de Corse, est reçu à Paris par Jean-Claude Gayssot. La commission européenne étant saisie le 26 mai, on attend les précisions de Bruxelles. Les autorités européennes doivent se prononcer sur les directives applicables à ce type de transport, et sur le point controversé de « l’aide au passager ». Elles se prononceront contre en octobre et demanderont à l’Assemblée de revoir sa copie.

L’Assemblée refera donc de nouvelles propositions. Un « Collectif pour la création d’une compagnie maritime corse de service public » se crée pour tenter d’éviter les dérives  qui se font jour. Il regroupe le STC et plusieurs mouvements politiques dont le PS et certaines organisations nationalistes.

Le 24 novembre 2000, les élus approuveront les directives européennes d’ouverture à la concurrence des lignes et des subventions de la continuité territoriale, mettant ainsi fin à près d’un quart de siècle de monopole maritime sur les lignes Marseille-Corse. Les 700 MF de subventions seront accordées après un Appel d’offres. L’Assemblée s’inclinera devant Bruxelles, acceptant une déréglementation du service public. Les marins CGT eux, empêcheront la tenue du conseil d’administration de la SNCM et observeront une journée de grève en décembre pour dénoncer les attaques contre le service public et l’emploi, conséquences de ce vote. En matière de transports aériens, La CCM demandera le 18 décembre 2000 à être reçue par Jean Baggioni, après ses déclarations concernant une augmentation du capital d’Air France en son sein, laissant planer le danger d’une privatisation. Le 19 décembre 2000, les marins CGT tenteront de manifester à l’arrivée du premier navire de la « Corsica Ferries » à Toulon et des incidents auront lieu avec les forces de l’ordre.

Un an après, le 6 décembre 2001, après maints rebondissements et péripéties, l’Assemblée de Corse désignera la CCM et la SNCM comme délégataires conjoints et non-solidaires de service public sur les lignes Marseille-Corse  à compter du 1er janvier 2002, des transports maritimes, au grand dam de la « Corsica-Ferries », mais le dossier est loin d’être clos.

L’UD CGT de Haute-Corse réagit vivement aux propos tenus par le syndicat des hôteliers ainsi que par les organisations nationalistes par rapport aux différents évènements qui affectent le débat sur la  desserte maritime.

Effectivement, le social est un domaine sensible et la CGT gagnerait certainement à « corsiser » un peu son combat, selon les reproches que lui adressent les syndicats d’obédience nationaliste, lui suggérant de réfléchir à la teneur d’un rapport transmis au 1er ministre définissant la mouvance nationaliste comme la 2ème force électorale (et cela dans la division d’alors) en 1999, et la première force occupant le domaine de la contestation sociale. Cette analyse sera d’ailleurs confirmée lors des élections prud’homales de décembre 2002.

Entre temps, en juillet 2000, les syndicats Corses ont été enfin reçus à leur tour par un conseiller du 1er ministre à Matignon. Le STC s’insurge contre la volonté affichée par les responsables des syndicats traditionnels, et confirmée par lettre des autorités en novembre, de ne pas accepter de réunion commune avec lui. Les directions de ces syndicats s’abritent derrière la « législation qui ne prend pas en compte l’existence du STC » au plan français ! Pourtant depuis des mois, la base pense autrement, la preuve en est les nombreux conflits qui se sont déroulés à l’initiative d’intersyndicales avec le STC.

Le STC a donc été donc reçu séparément l’après-midi. Il exprime ses revendications spécifiques avec entre autres la « corsisation » des emplois à qualification égale, et une compagnie maritime corse.

Pour le reste, durant ces rencontres, l’ensemble des syndicats insistent surtout sur la nécessité d’un volet social important dans l’accord, si accord il y a. Il demeure évident toutefois que les adaptations à la législation sociale française ne doivent pas laisser la place à n’importe quoi. Le code du travail français demeure un outil qu’envient les salariés de l’Europe entière. Certains lobbys européens voudraient une uniformisation de la législation européenne au plan social et une déstructuration du service public, en tirant vers le bas, ce qui augmenterait inéluctablement la fragilité des emplois et des droits des salariés. De la même façon, certaines dérogations accordées au plan de la législation sociale dans les DOM-TOM ont créé des situations d’injustices sociales criardes et accentué la fracture sociale. Il y a donc un grave danger de société à deux vitesses, dès lors qu’une latitude serait donnée à certains pouvoirs locaux de modifier n’importe comment la législation sociale. Il faut donc être très prudent dans ce domaine.

Les syndicats seront à nouveau reçus en septembre 2000 pour une réunion de travail et un ordre du jour précis sera établi.

En novembre, après plusieurs réunions, où il estime avoir dit ce qu’il avait à dire, le STC décidera de ne plus y participer, tant que les autres syndicats n’accepteront pas une réunion commune. Il annonce donc qu’il ne se rendra pas à la prochaine réunion prévue le 5 décembre 2000. Il dressera un bilan d’insatisfaction, tout en réaffirmant son soutien à des transferts de compétences et de moyens au profit de la Collectivité de Corse.

Pour la CGT, qui continue à participer à la démarche de Matignon avec les autres syndicats traditionnels, il reste à prendre en compte « le social » dans la démarche et les décisions à venir.

En ce début d’année 2001, les agents des Offices inquiets pour leurs emplois se mettent en grève, demandant le retrait d’un amendement suggérant leur suppression. L’intersyndicale de l’hôpital de Bastia, dont fait partie le STC, dénonce la dégradation de la qualité de prise en charge des patients du fait des conditions de travail. Les médecins se joignent à leur mouvement. Après trois semaines de conflit, ils occupent la DDASS pour obtenir la désignation d’un médiateur. Dans une lettre ouverte à leur ministre Bernard Kouchner, ils dénoncent les carences dramatiques du centre hospitalier, dont le bloc opératoire n’est même pas conforme. Ils sont expulsés par la force, mais restent mobilisés malgré l’annonce d’un train de mesures par le directeur de l’ARH et le projet d’établissement pour septembre. Dénonçant un fonctionnement chaotique et une mauvaise gestion, les agents de la CPAM de Haute-Corse, à l’appel de l’intersyndicale, dont le STC, déclenchent une grève illimitée, réclamant le départ du directeur qui aurait fait ficher les salariés. Ils obtiennent satisfaction.

Après une forte mobilisation, les agents du CRPF, avec le STC, obtiennent la réintégration de deux des leurs qui ont été sanctionnés pour avoir dénoncé leur directeur qui utilisait l’installation Internet du CRPF pour des activités de voyeurisme.

En octobre 2001, le président de la CCI de Corse du sud, G. Casanova, ancien MPA, est interpellé, placé en garde à vue et incarcéré à la prison de Fresnes. Il est accusé de « banqueroute, abus de biens sociaux et comptes infidèles », dans la gestion de l’entreprise familiale. Un Comité de soutien, avec la section STC de la CCI, appellera à manifester le jour de son transfert  Les salariés de la CCI bloqueront les ports et aéroports de la Corse du sud, mais cesseront leurs actions, à la demande expresse de G. Casanova, « pour ne pas faire pression sur la justice ».

En ce début d’année 2002, alors que la campagne des élections présidentielles a été lancée, la question de l’enseignement de la langue corse sera posée dans la rue durant plusieurs semaines, par les lycéens et étudiants qui se mobiliseront pour  son officialisation. Les syndicats lycéens rejoints par les étudiants seront très actifs lors de ces mobilisations.

  1. b) Le STC, 1er syndicat de Corse

Au plan nationaliste, dans les années qui suivent d’autres scissions et recompositions vont s’opérer au sein de la mouvance clandestine et publique. Les résultats du Processus de Matignon vont s’avérer en-deça de ceux souhaités par les nationalistes, notamment avec la décision du Conseil Constitutionnel, le 15 janvier 2002, qui censure une partie importante de l’art. 1 du Projet de loi voté en 2001 donnant à l’Assemblée de Corse le pouvoir de légiférer dans certains domaines spécifiques. Avec les élections (présidentielle et législatives) d’avril  et mai 2002 qui voient la droite retrouver tous les pouvoirs, mettant fin à la cohabitation, le Processus de Matignon semble bien mort. Les attentats reprendront progressivement tandis que d’autres recompositions s’opèrent au sein des mouvements publics et groupes clandestins.

Il n’est plus question de 2ème  étape vers le Pouvoir législatif et réglementaire. […] la Corse sera incluse dans le projet de décentralisation que le nouveau gouvernement prépare pour toutes les régions françaises. Nicolas Sarkozy qui s’était abstenu lors du vote sur le Projet de loi pour la Corse, va se déplacer plusieurs fois dans l’île…

Au plan public, en janvier 2003, une importante délégation d’élus se rendra à Bruxelles pour rencontrer Romano Prodi, Président de la Commission européenne et négocier quelques dérogations fiscales. Les nationalistes, guère passionnés par la réforme sur la décentralisation, marqueront un certain mécontentement. La réforme sur la décentralisation du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin sera votée le 19 mars 2003 par le Parlement  français réuni en Congrès à Versailles. Prenant conscience du mauvais climat qui s’instaure au sein de la mouvance nationaliste, Nicolas Sarkozy recevra les élus « Corsica Nazione » à Paris le 2 avril. Le 1er ministre et Nicolas Sarkozy se déplaceront le 7 avril 2003 dans l’île. Ils présenteront les grandes lignes de leurs propositions institutionnelles pour la Corse et annonceront l’organisation d’un Référendum dans l’île en juillet 2003 à ce sujet. Le FLNC-Union des combattants, qui regroupe plusieurs groupes qui ont fusionné dès le début du Processus de Matignon, annoncera une trêve. Mais celle-ci ne sera pas suivie par d’autres groupes clandestins […]  l’ensemble des composantes du mouvement national se mobilisera pour rappeler avec force que sans eux, il n’y aurait pas eu de démarche de Matignon et que toute démarche de dialogue, sous quel qu’appellation que ce soit, ainsi que toute évolution seraient vouées à l’échec, car elles n’auraient plus d’utilité. Une manifestation unitaire sera organisée à Ajaccio le 26 avril 2003 pour demander la suppression des départements et l’octroi d’un Pouvoir législatif […]

Au plan social, le STC se mobilisera à Carrefour pour la « corsisation » des emplois. Il soutient un salarié interpellé après un attentat contre un cadre de l’entreprise. Il dénonce avec d’autres associations le danger des installations de cuves de gaz à Ajaccio et le manque de fiabilité du méthanier qui approvisionne ces cuves par la mer.

Les marins STC bloqueront durant trois jours les ports de Balagne, mais obtenant satisfaction, tout rentre dans l’ordre.

Le 18 novembre 2002, le syndicat s’empare des urnes, empêchant les élections à la commission d’avancement et de sanction de la SNCM prévue à Bastia. Il demande une gestion locale de ces problèmes. Le 2 décembre, le syndicat paralyse la flotte de la SNCM durant plusieurs jours, réussissant à imposer un compromis sur la prise en compte de ses revendications

Appelés à disparaître selon le nouveau gouvernement, les aides-éducateurs vont occuper la une. Soutenus par les syndicats, dont le STC, ils vont multiplier les mobilisations et les actions de protestation, avec l’aide des MI-SE eux aussi concernés par la réforme. Leurs actions se poursuivront durant l‘année 2003, provoquant la fermeture des lycées et collèges, tant leur rôle et leur implication étaient importants dans la vie de ces établissements. Les CPE eux-aussi se mettront en grève. Dans les hôpitaux de Bastia et d’Ajaccio, le climat social va se dégrader et leur fonctionnement va être perturbé par des mouvements d’humeur des intersyndicales.

La multiplication de ses actions sur le terrain et le rapprochement avec l’ensemble des mouvements nationalistes, désormais les salariés nationalistes de toutes tendances coexistent au sein du syndicat, vont permettre au STC de reprendre une progression constante avec la création de nouvelles sections lui permettant de  développer son implantation dans tous les secteurs de l’île. Les adhésions vont affluer. C’est ainsi que sa représentation syndicale aux « Comités d’entreprise » augmentera au fil des ans.

Les élections prud’homales de décembre 2002 vont concrétiser cette progression en lui donnant la place de premier syndicat dans  l’île. Il obtient 11 sièges en Corse du Sud (et la majorité absolue en voix et en sièges) et huit en Haute-Corse, soit 35, 54 % des voix. La CGT obtient 11 sièges en Haute-Corse et sept en Corse du Sud, soit 32,68 % des voix. Dépitées de leur perte d’influence, les syndicats traditionnels intenteront un recours en annulation, mais ils seront déboutés par le tribunal le 14 janvier 2003. FO, grand perdant, il n’obtient qu’un élu, 11,53 % des voix, se pourvoira en appel.

Le STC appelle à une journée d’action dans les Postes le 20 février 2003, occupant la Direction régionale à Ajaccio. Les grévistes réclament la « corsisation » des emplois. En avril, il soutient deux employés du CREPS, convoqués au tribunal pour avoir participé à une grève interne. En mai, le syndicat se mobilise contre la réforme des retraites. Comme partout dans l’hexagone, à l’appel de tous les syndicats unis, des milliers de personnes défilent à Bastia, Ajaccio et Porto-Vecchio pour dire non à cette réforme. Le 13 mai 2003, c’est la grève générale sur tous les terrains. Le mouvement de grève s’étendant contre la réforme de l’enseignement et des retraites,  le report des examens est évoqué. La pression de la rue ne baisse pas, et la Corse est paralysée dans la Fonction publique, alors que des rassemblements sont prévus le 19 mai dans les principaux centres de l’île, à l’appel de tous les syndicats.

A Bastia, lors d’une grande manifestation des incidents se produisent entre des militants STC et d’autres militants des autres syndicats, ceux-ci refusant de laisser le STC prendre la parole, toujours sous le prétexte de la non-représentation du STC au plan national français ! A Ajaccio, le STC présent dans l’action depuis le 3 février 2003, participe à la manifestation, malgré une certaine tension. Les syndicats appellent à une grève générale, alors qu’EDF entre dans l’action, annonçant des coupures d’électricité. Le STC se démarque des autres syndicats dans le débat sur la Décentralisation, ces derniers étant opposés aux transferts des compétences de certaines administrations au profit de l’Assemblée de Corse.

Les navires de la CMN et de la SNCM sont bloqués à quai. A Bastia, la manifestation sur les retraites dégénère en affrontements avec les forces de l’ordre. L’Inspection académique est occupée. De nouvelles manifestations se déroulent à Ajaccio, Bastia et Porto-Vecchio. Des menaces de blocage des examens et du bac sont envisagées, mais les examens pourront se dérouler, tandis que les mobilisations se poursuivent. A Bastia, la manifestation dégénère encore une fois en de violents affrontements avec les forces de l’ordre.

Les manifestations se poursuivent dans le calme. Les directions parisiennes des syndicats traditionnels reculeront, surtout la CGT, selon les rumeurs, sensible à certaines pressions sans doute rappelées lors de la réception de son secrétaire général par le ministre. La CGT n’appellera pas à une grève générale sur tout le territoire français, contrairement aux syndicats en Corse. A la MSA, l’intersyndicale appelle à la grève illimitée, suite à l’embauche d’une personne sans appel à candidature. Les salariés obtiennent satisfaction.

La poste de Bastia une nouvelle fois est paralysée par une grève. […] Les artisans des BTP eux protestent contre les perturbations occasionnées par la grève dans les transports. Des incidents éclatent avec les grévistes lors de la venue du 1er ministre Jean-Pierre Raffarin et de Nicolas Sarkozy à l’aéroport de Poretta, qui provoqueront la colère du ministre de l’Intérieur et le limogeage du Préfet, coupable de ne pas avoir bien apprécié l’exaspération des salariés.

Le 7ème  congrès du STC qui se déroule dans la sérénité le 21-22 juin 2003 à Furiani réaffirme ses orientations adoptées au congrès de 2000. Le syndicat appelle à voter oui au référendum sur les institutions de l’île qui se déroulera le 6 juillet. Il réaffirme son encrage dans la mouvance nationaliste et son indépendance vis à vis de tout mouvement nationaliste, appelant les salariés nationalistes toutes tendances confondues à le renforcer. Jacky Rossi est porté à la tête du syndicat pour un second mandat consécutif.

Alors que le non l’emporte et que l’arrestation d’Ivan Colonna, […] le cycle répression, violence clandestine va se développer.

En attendant, le STC pourra fêter ses vingt ans d’existence en mai 2004. Malgré les difficultés, les tensions, les clivages, les oppositions, les périodes de découragement, ses responsables peuvent mesurer le chemin parcouru depuis mai 1984. Ils ont réussi à faire de lui le premier syndicat de l’Ile. Désormais,  de plus en plus de salariés se reconnaissent en lui, prenant acte de sa capacité à défendre leurs droits de travailleurs.

Conclusion

Une présence active dans tous les secteurs de la vie économique et sociale ont fait en vingt ans du STC un élément incontournable du paysage syndical insulaire. Le syndicat aura également acquis entre temps une audience au niveau européen, à l’occasion de la prise spectaculaire du navire « Pasquale-Paoli » en novembre 2005, mais aussi grâce au développement de relations internationales et aux contacts privilégiés qu’il a noués avec les syndicalistes du pays Basque ou des DOM-TOM.

Malgré d’importantes divergences, notamment sur la question des lois de décentralisation et du Référendum sur les institutions de l’île, proposée par le gouvernement Raffarin et le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy en 2003, un rapprochement va s’opérer progressivement avec les syndicats traditionnels. Il se concrétisera par la participation à une unité d’action, se traduisant par de grandes mobilisations qui seront portées par des intersyndicales, notamment durant l’année 2006 à l’occasion du conflit pour la défense des retraites, et le refus du Contrat Premier Emploi, (CPE) et Contrat Nouvel Emploi, (CNE).

Au-delà des évolutions internationales (chute du mur de Berlin, construction européenne mondialisation de l’économie… ) au-delà des déceptions engendrées par la gestion peu sociale de la gauche (quant elle a été au pouvoir), les dérives des syndicats traditionnels vers une  « institutionnalisation et une fonctionnarisation », entraînant la perte d’un contact permanent avec la réalité du terrain social et les problèmes des salariés, expliquent en partie leur désaffection et la perte de leur influence. A l’échelle de la Corse, le STC est lui aussi guetté par ces écueils. Son avenir dépendra de sa capacité à éviter précisément les travers des syndicats traditionnels.

Il doit pouvoir allier « syndicalisme de services » (soutien aux retraités, assistance juridique et fiscale, aides aux logements, aux loisirs, à la formation… comme les syndicats italiens ) « syndicalisme de négociation »  (mais aujourd’hui celui-ci est de plus en plus difficile au vu de l’évolution des technologies qui incite les entreprises à des dégraissages et à des baisses d’effectifs avec des aménagements-réductions du temps de travail) sans laisser de côté le « syndicalisme de mobilisation » pour imposer une répartition du temps de travail qui permette de lutter contre le chômage et l’exclusion sociale, tout en insistant sur les salaires et le pouvoir d’achat.

Il doit pouvoir alterner l’action directe de régulation des rapports sociaux autour du conflit et de la négociation, et l’action indirecte de représentation par laquelle il doit jouer un rôle de « fonctionnaire du social » en s’affirmant comme une institution incontournable. Son avenir se joue dans l’équilibre et la complémentarité qu’il saura trouver entre ses deux voies, sous peine de tomber dans les travers qui ont affaibli le syndicalisme traditionnel français.

Au-delà, il lui faut également veiller à préserver son autonomie, à l’égard des mouvements politiques corses, sans toutefois se couper de la revendication  nationaliste dans sa globalité, hors de laquelle il serait condamné à une normalisation qui lui serait à terme fatale, même s’il continuait à faire preuve d’une plus grande combativité que ses pairs. Il doit aussi veiller, eu égard aux relations sociales générées par la réalité insulaire, et aux graves difficultés économiques que connaît l’île, à ne pas se laisser  phagocyter par le discours populiste et paternaliste du patronat insulaire. Il lui appartient aujourd’hui, au vu du nombre croissant des militants et des adhésions venant d’horizons très divers,  de ne pas se laisser entraîner vers une « dépolitisation » progressive qui le déconnecterait de sa vocation fondamentale  de syndicat spécifiquement corse.  Il se doit donc de veiller  à ce que la « souveraineté » des diverses sections, ou des secteurs, soit comprise dans le cadre d’une vision d’ensemble de la stratégie et de la philosophie du syndicat, et non pas d’une vision carriériste ou partisane pouvant conduire à soutenir consciemment ou non des choix politiques, sociaux ou administratifs en contradiction avec sa ligne. Son principal challenge consiste en fait, face à l’afflux massif qui est venu grossir ses rangs, à ne pas perdre sa « substantifique moelle » ou son âme, et à canaliser sa nouvelle dynamique pour ne pas être, en fin de compte, victime de son succès.

A l’heure où cet ouvrage est donné à l’impression, les syndicalistes STC du navire Pasquale-Paoli sont toujours en attente d’une convocation devant une cour d’Assises qui devrait les juger pour leur action de « détournement  de navire ». Le  Pasquale-Paoli, navire payé avec l’argent de la Continuité territoriale corse (subvention donnée à la Corse pour atténuer les frais de transports entre l’île et le continent français) avait  été arraisonné en pleine mer par les forces de l’ordre avec l’utilisation de moyens militaires disproportionnés, alors qu’il était simplement dirigé sur le port de Bastia par les « mutins » syndicalistes. Cette action spectaculaire obéissait à des motivations syndicales, à l’heure où se jouait le sort de la Sncm, menacée de privatisation et que les marins de la SNCM étaient en plein conflit social pour sauver leurs emplois et leur entreprise. Les marins incriminés risquent malgré cela de lourdes années de prison.

Réitérant notre total soutien aux marins corses, nous demandons leur totale relaxe et l’arrêt de toutes les poursuites les concernant dans cette affaire.  

 4ème de couverture

Dans les années 1970, alors que se développe un mouvement de contestation dans l’île et que le problème corse occupe la une de l’actualité, les salariés corses décident de lutter quotidiennement pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de leurs salaires. Regroupés au départ dans des syndicats dits traditionnels, ils s’inscrivent dans des schémas de lutte et de réflexion découlant des analyses et des actions de mobilisation impulsées à l’échelon national français. Avec la montée en puissance de la contestation en Corse, suite au développement notamment de la lutte armée clandestine, des adhérents corses de ces syndicats traditionnels impulsent la prise en compte par ceux-ci de revendications spécifiques. Ils tentent de les mobiliser autour  des thèmes des conditions de travail et d’emplois propres à la Corse, en tirant leurs analyses et leurs prises de position d’une approche spécifique de la situation économique et sociale, la Corse n’étant pas pour eux l’île de France ou la Lozère.

C’est ainsi que ces pionniers, entraînant à leur suite de nombreux militants autonomistes puis nationalistes, investissent dans un premier temps les syndicats dits traditionnels, surtout la CFDT. Ces militants vont faire évoluer les structures régionales de ces formations syndicales, et les amener à prendre alors des positions beaucoup plus « politiques », tenant compte de l’élargissement des idées autonomistes puis nationalistes au sein des différentes couches sociales de la société corse, particulièrement parmi les franges les plus jeunes.

Au début des années 80, cette stratégie de « l’entrisme » va cependant connaître ses limites et le mouvement nationaliste en pleine ascension va en tirer les enseignements. A l’initiative du FLNC, Front de Libération Nationale de la Corse, est alors élaborée la stratégie des contre-pouvoirs politiques, économiques, sociaux, culturels, associatifs et syndicaux. C’est la fin de la politique de « l’entrisme » syndical prôné et encouragé jusqu’alors, et la mise en chantier de la création d’une structure syndicale spécifique de défense des salariés corses.

Le 1er mai 1984, est officialisé le STC, « Sindicatu di i Travagliadori Corsi », prenant la suite des premiers « Associi Naziunalisti » crées durant les mois précédents et coordonnés au sein de la « Cuncolta di l’Associii Naziunalisti » (CAN).

Au fil des années et des luttes sociales, le nouveau syndicat va confirmer une progression constante dans tous les secteurs d’activité de la société corse.

1  Un responsable de la CGT, irrité par ce succès, affirmera dans la presse, «C’est un syndicat mort-né ! ».

1 Ce scrutin, dont les origines remontent à 1806, avait lieu de façon localisée. En Corse, où n’existe aucune juridiction pour statuer sur l’application du droit du travail, il faut attendre décembre 1979 (réforme Boulin) pour que cette institution des juges  prud’homaux, réformée cette année-là, soit enfin mise en place. De composition paritaire, employeurs-salariés, elle a pour vocation de traiter les litiges individuels entre les salariés et leurs employeurs. Le vote a lieu tous les cinq ans, permettant d’établir la représentativité, voire la légitimité des divers syndicats qui présentent des listes au suffrage de tous les salariés ayant un contrat de travail. L’élection à l’origine au scrutin majoritaire se déroule désormais au scrutin proportionnel.

1 Cinq critères de représentativité sont énoncés dans une circulaire d’Alexandre Parodi et repris dans la loi de 1950 sur les conventions collectives, à savoir effectifs, indépendance à l’égard du patronat, cotisations, expérience, ancienneté, attitude patriotique. Sur cette base sont reconnues cinq confédérations à l’échelon national français : CGT, CGT-FO, CGCF, CFTC, CFDT.

1 In journal « a Fiara », juin 1994 : « Ce congrès va nous permettre de définir le cadre d’une liberté active. Nous préférons utiliser ce terme de liberté plutôt que d’indépendance …. La liberté du STC passe par sa capacité à assumer la libération sociale et la libération nationale, le tout dans une perspective d’autodétermination du  peuple corse. Cela implique qu’il n’y ait pas de main-mise sur le syndicat par une organisation politique qu’elle soit publique ou clandestine. En fait la « liberté » » du STC est liée à l’instauration d’un « code de bonne conduite entre nationalistes ». Si le syndicat n’arrive pas à assumer sa liberté, nous risquons de le voir dériver et sous prétexte « d’indépendance », quitter la lutte nationale et même sociale. Le STC a su éviter les écueils mais il n’a pas encore évité les eaux stagnantes de l’immobilisme. Aux hommes et aux femmes de l’équipage de maintenir le cap, toutes voiles dehors et de préférence sous pavillon corse ».

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