Contre-pouvoir et pouvoir

1er Septembre 2018                              @PoggioliPierre

Réflexion : Contre-pouvoir(s) et pouvoir

Dans une société où l’alternance politique se fait de façon démocratique, (urnes..) l’opposition fonctionne comme un contre-pouvoir avec critiques et propositions pour remplacer la politique de la majorité au pouvoir qu’elle combat.

Dans une société où existe un mouvement de contestation utilisant tous les moyens de luttes dont l’action armée ( Irlande, Pays basque, Corse) l’opposition armée fonctionne comme un contre-pouvoir visant à détruire l’ordre ancien et  la majorité ou les forces politiques au pouvoir qu’elle critique et combat, y compris par la violence, aspirant à prendre leur place et à changer le système avec de nouvelles règles et de nouveaux rapports de force.. Le but clairement édicté étant d’appliquer un programme-Projet, réellement ou se voulant « révolutionnaire », par la mise en place de nouvelles lois et de nouvelles forces politiques aux commandes, voire pour changer la société en profondeur, (Projet alternatif).

Dans toute société, existent des groupes, associations, syndicats,… qui agissent de facto comme des contre-pouvoirs.  Ceux-ci critiquent les décisions prises par les forces politiques au pouvoir, les contestent et font d’autres propositions alternatives dans tous les domaines où ces oppositions/contestations apparaissent et agissent …

Les forces politiques au pouvoir les combattent ou doivent composer avec ces forces parallèles de contestation. Elles le font, soit en les combattant et les refusant,  soit en acceptant par la négociation de prendre en compte les ou certaines revendications d’un groupe, association, syndicat…  Si l’ensemble des revendications de ces structures est pris totalement en compte par le pouvoir, ce groupe, association, syndicat n’a plus de raison d’exister en tant que contre-pouvoir. D’où, soit il se dissout, soit il devient un organe du pouvoir (voir FLN algérien et le rôle de son syndicat de l’époque, ou les diverses situations les « démocraties soviétiques », ou d’autres endroits où ont été menées des luttes de libération révolutionnaires armées )..

En Corse

En Corse, le nationalisme, toutes obédiences confondues, a, jusqu’en décembre 2015 (accession aux responsabilités)  joué globalement le rôle de contre-pouvoir…

CONTRIBUTION 1 : HISTOIRE DE LA CRÉATION DES CONTRE-POUVOIRS SYNDICAUX, ASSOCIATIFS ET SOCIO-PROFESSIONNELS EN CORSE DANS LES ANNÉES 80

De par ses responsabilités obtenues, (résultats électoraux de 2015, 2017),le nationalisme corse est, aujourd’hui, de facto au pouvoir, (sans pour autant en avoir toutes les compétences et les moyens politiques et financiers d’exercer pleinement ce pouvoir dans tous les secteurs, du fait de la tutelle de l‘Etat et de son refus de toute discussion qui ne soit pas “un monologue”)..

TRIBUNE LIBRE : HIER DANS L’OPPOSITION, AUJOURD’HUI AUX RESPONSABILITES

D’où aujourd’hui pour le natinalisme corse, un « statut ambivalent de pouvoir et de contre-pouvoir »  qui pose problème à l’ensemble des structures nationalistes. Surtout cette situation ambigüe/complexe rend difficiles voire malaisé de cerner entre ces structures de cet ensemble celles qui se situent dans un rôle de pouvoir ou de contre-pouvoir… De même qu’il s’avère difficile pour celles-ci de se positionner clairement sur l’échiquier politique corse aujourd’hui majoritairement nationaliste : Pouvoir ou contre-pouvoir ? That is a question !!! Cette situation d’accession aux responsabilités rendant difficile et délicat leur positionnement politique actuel.

Un contre-pouvoir “politique” accèdant au pouvoir a deux solutions, soit il applique son programme/projet contre vents et marées, mais pour cela il doit adopter des choix partisans et clivants dans le droit fil de sa lutte, soit alors être en recherche permanente d’ouverture(s) voire de compromis (sans aller jusqu’aux compromissions). Il est alors conduit/réduit progressivement à  se contenter de « rester dans les clous », appliquant progressivement, nolens volens,  les mêmes pratiques et les mêmes mécanismes avec  la même politique peu ou prou que la politique suivie par celles et ceux qu’il a combattus. Il court le danger de se faire ou se fait ainsi de facto “récupérer” par des intérêts qu’il a combattus pour accéder au pouvoir et remplacer ceux qui y étaient et appliquaient une politique qu’il avait combattue pour arriver au commandes…

Les forces révolutionnaires ou se prétendant telles

Dans une lutte de contestation, les forces révolutionnaires ou se prétendant telles, si elles n’ont pas été liquidées par la répression en cas de victoire des forces au pouvoir, résistent et gagnent y compris par la force des armes et la violence,  accédant ainsi au pouvoir. Elles aussi ont le choix entre soit appliquer leur programme impliquant d’abattre l’ordre ancien, soit adopter une politique de compromis avec les forces/intérêts en place qu’elles ont vaincues, étant ainsi peu ou prou conduites à se contenter de réajustements à la marge, pour reproduire la même politique.

Si elles décident d’appliquer contre vents et marées leur contre programme/projet, elles seront  contraintes elles aussi, tôt ou tard de recourir à certaines méthodes,  avant et surtout après leur arrivée au pouvoir, pour le garder et le renforcer, et elles n’hésiteront pas pour cela à employer des moyens de toute sortes, y compris de coercition et de  répression contre d’éventuels opposants à leur nouvelle politique. Elles devront recourir ainsi à des méthodes qu’elles ont dénoncées et combattues  lorsqu’elles étaient utilisées par des forces qu’elles avaient vaincues !!!

Et c’est ainsi que les Révolutions “par et pour le peuple” (mais existe-t-il de par le monde une réussite exemplaire dans ce domaine ??) deviennent elles-mêmes de nouvelles dictatures, même si elles se nomment parfois pompeusement « démocraties populaires »…

De contre-pouvoir, les forces combattantes « révolutionnaires » deviennent des organes de pouvoir, au service exclusif du nouveau  pouvoir, appliquant sa politique, la partageant, la soutenant, la défendant  et protégeant  par tous les moyens l’action à tous les niveaux des nouveaux dirigeants au pouvoir…

Dans une lutte révolutionnaire, vaincue par le répression et la force, des femmes et des hommes idéalistes au départ, dans de nombreuses luttes révolutionnaires de libération, de par le monde, en sont réduits, du fait de la répression et des moyens de coercition appliqués par le pouvoir en place,  ( ou tout simplement par la fatigue, la déprime, l’impression de ne pas avancer, le manque de perspectives claires ou la perte de motivations), à dériver vers d’autres objectifs, malheureusement pas toujours  glorifiants. C’est ainsi que nombre d’entre-eux deviennent des mercenaires au service d’autres causes de par le monde ou se font recruter par le milieu ou les mafias de tous ordres.

Mais aussi, souvent si la lutte « révolutionnaire » est gagnante, ils deviennent des agents zélés au service des nouveaux dirigeants et des mouvements, syndicats et organes des partis au pouvoir, au sein même des services spéciaux ou parallèles du nouveau régime, voir même de nouveaux tortionnaires appliquant le méthodes qu’ils ont combattues du temps où ils combatiaent l’ancien régime..

Ainsi malheureusement va la vie des sociétés et du monde. Des contradictions d’une société et d’un combat, surgissent d’autre contradictions que la lutte et les oppositions révèlent et/ou  suscitent et c’est ainsi malheureusement ainsi que le monde avance et évolue.. En bien, en mal ??? Seuls les spécialistes ou proclamés tels d’après-conflits sauront ou pourront le dire et nous l’expliquer. ..

Et nombre de combattants de la 25ème heure seront là toujours pour leur expliquer ou  prendre la place de celles et ceux qui ont ” mouillé leurs chemises, ont souffert ou ont disparu”, victimes de l’ancien système…

De même que l’Histoire, avec un grand H ne retiendra que l’histoire des vainqueurs, tandis que nombre de chercheurs plus ou moins scientifiques, plus ou moins experts auto-proclamés,  pourront sans nul crainte ni danger se  pencher sur cette Histoire ou les petites histoires. Ils donneront/distribueront des bons et des mauvais points, aux différents acteurs/protagonistes de cette Histoire ou de ces petites histoires. Ils rendront  même des sentences sur un tel ou un tel, X ou Y… en oubliant qu’avoir ” la tête dans le guidon” contraint souvent, et souvent contre la volonté des protagonistes eux-mêmes, qui devront faire avec leur conscience,  à « mettre les mains dans le cambouis », voire “à se salir les mains” , d’autant que vu de l’extérieur, à distance et après-coup, c’est toujours, (plutôt manichéen !), « le beau, le bon et le positif » en fonction des intérêts du moment qui détermineront nombre d’analyses d’une période révolue ou que l’on voudrait révolue.

Ainsi va le monde, ainsi va la Corse.. En Bien, en mal ???, A chacun d’y répondre en toute conscience…  et d’agir en conséquence

Pierre Poggioli

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